‹ Correspondance de Montesquieu (volume 2)Chapitre 239 sur 489 · LA BRUÈRE A MONTESQUIEU · texte numérisé non relu

LA BRUÈRE A MONTESQUIEU

Autographe. Arcb. de La Brède.

A Frascati, le 19 octobre 1750.

M. le duc de Nivernais étant accablé d'affaires, Monsieur, et ayant outre cela du temps à donner à des remèdes que les abcès qu'il a eus font regarder comme une précaution nécessaire, il m'a chargé d'avoir l'honneur de vous envoyer de sa part les observations qui ont été faites sur vos réponses par le prélat chargé par la Congrégation de l'Index d'examiner VEsprit des lois. C'est avec bien de l'empressement et du plaisir que je profite de cette occasion de vous présenter les assurances de mon respect, et M. l'Ambassadeur ne pouvait me donner d'ordre dont l'exécution me fût plus agréable.

Vous verrez, Monsieur, dans la première observation, que votre critique ne vous a pas bien entendu, car il ne pose que les mêmes principes que vous avez posés. Je voulus lui en parler, il y a quelques jours, mais comme nous étions en compagnie, il me dit seulement qu'il ne fallait pas s'arrêter à cela, que le point important était de s'accorder sur ce qui regarde l'Inquisition, que cet article une fois arrangé, on ne serait pas embarrassé du reste. Je ne sais si vous trouverez. Monsieur, autant de facilité à faire à cet égard les corrections qu'on désire ici.

Au pis aller, s'il était impossible d'être d'accord sur ce point-là, ce serait toujours un avantage de pouvoir dire que l'on n'a désapprouvé ici dans l'ouvrage que des principes sur lesquels la France

ne peut jamais tenir le même langage que la Cour de Rome. M. l'Ambassadeur ne négligera rien pour empêcher qu'on n'ait besoin de cette justification. Peut-être quelques adoucissements contenteraientils la Congrégation; et qui peut mieux que vous, Monsieur, trouver Fart, quelque difficile qu'il soit, de vous expliquer d'une façon qui contente les lecteurs de tous les pays, sans choquer les opinions de celui-ci?

Je craindrais que l'examen qu'on dit que fait à Paris la Sorbonne ne nuisît davantage aux bonnes dispositions que M. le duc de Nivernais s'est efforcé de faire naître ici. J'ai bien peur que si on y est instruit de cet examen, on ne se pique de n'être pas moins sévère que les Français: c'est là la plus grande pierre d'achoppement. On avait déjà commencé à débiter à Naples le premier volume de la traduction italienne qu'on y imprime. M. le marquis de L'Hospital a arrêté l'impression du second volume et il a été aussi charmé d'avoir cette occasion de s'employer pour votre service que s'il avait l'honneur de vous connaître. Votre nom seul suffit pour vous faire partout des amis et des partisans.

M. le duc de Nivernais m'ordonne de vous témoigner de sa part combien il est mortifié de ne pouvoir avoir l'honneur de vous écrire lui-même et il me charge de vous faire mille compliments.

Je vous supplie de recevoir avec bonté les assurances du respect sincère avec lequel j'ai l'honneur d'être. Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

La Bruère.

DE MONTESQUIEU 3l5

M. l'Ambassadeur me char^^e de vous dire encore, Monsieur, que, si vous lui permettez de vous donner un conseil, il pense que vous ne pouvez que prendre un de ces deux partis : ou de contenter ce pa^'s-ci sur l'Inquisition, au moyen de quoi vous pourrez batailler sur le reste, ou si cela ne se peut, de donner pleine et entière satisfaction, hors sur celui-là.

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