MONTESQUIEU AU PRÉSIDENT BARBOT
Original. Bibl. de Bordeaux, Lamontaigne, t. XXX. — R. Céleste, Histoire de la bibliothèque de la ville de Bordeaux (Bordeaux, 1892, in-4°), p. 11.
A Paris, ce 3i octobre 1750.
Je trouve, mon cher Président, votre projet admirable pour l'Académie' et je ne sache rien de plus
I. Barbot projetait de donner sa bibliothèque à l'Académie, et demandait en échange un logement dans son hôtel. Cf. Céleste, Histoire de la Bibliothèque..., p. il et 12.
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propre à lui donner du lustre. Ainsi, non seulement je consens, mais je vous exhorte. Quant à ce qui vous regarde, la bonté de votre marché dépend uniquement de votre manière de penser. Si j'étais dans les circonstances où vous êtes, j'en ferais autant et il n'est point de doute que l'Académie ne doive accepter à baisemains, parce que les 400 livres qu'elle perd, ou qu'elle ne perd pas, s'emploieraient en musique ou en fadaises, au lieu que votre bibliothèque, beaucoup plus estimable par le choix que par le nombre des livres, rendra celle de l'Académie une des premières de France, parce que les deux en formeront une d'une grande distinction.
Si ce projet est bon en tous temps, il est encore meilleur dans ces circonstances et je pourrais fort bien dire à M. de Tourny : ceux qui s'opposent à votre projet donnent leur bibliothèque; ceux qui l'acceptent ne savent pas seulement dans quel endroit de la ville est l'Académie; voulez-vous masquer un lieu qui contient un dépôt sans prix? Voulez-vous affliger nos bienfaiteurs passés, présents et à venir ? Voulez-vous que les étrangers ne puissent pas aborder une chose qui n'a point d'égale dans toutes les provinces du royaume ? Et puisque les autres font les Normands, nous pourrons faire les Gascons.
Voilà, mon cher Président, ce que je pense. Quant à moi, j'aimerais, je vous assure, beaucoup mieux bâtir une maison toute neuve que s'il était dit que l'eusse porté le moindre obstacle à un projet que j'admire et l'Académie voulût-elle à présent me louer sa maison pour cent écus, je vous promets que je ne l'accepterais pas. J'écris par cet ordinaire
à M. de Baritault et mon fils, qui pense comme moi, m'a dit qu'il écrirait aussi.
Permettez, mon cher Président, que je vous embrasse de tout mon cœur.
Montesquieu.
L'abbé Venuti m'a écrit.