‹ Correspondance de Montesquieu (volume 2)Chapitre 249 sur 489 · I . Ambassadeur de France à Venise · texte numérisé non relu

I . Ambassadeur de France à Venise

plus rien à apprendre, ce qui me fait perdre toute espérance. J'embrasse tendrement notre grave philosophe ; je suis charmé que vous et lui ayez pensé à me faire part de ses productions. Je suis fort empressé de nourrir mon esprit de ce qui sera contenu dans son livre, que je n'ai pas encore reçu. Je le lirai avec le goût de l'amitié et celui des bonnes connaissances que je suis sûr d'y trouver.

Je vous plains toujours d'avoir affaire à ces fanatiques de Rome à l'égard du vôtre. Il est fâcheux de dépendre de juges qui ne comprennent nullement les matières sur lesquelles ils prétendent de décider. Vous pourriez être tranquille si votre affaire ne dépendait que du cardinal Passionéi et deMs''Bottari, ou si les autres voulaient s'en rapporter à eux; mais ils ne sont pas si dociles et veulent donner une grande idée de leur zèle, qui a du rapport à des vues qui ne sont pas fort édifiantes. Je comprends l'intérêt que vous avez de souhaiter que les sentiments et les opinions de vos adversaires en France ne soient pas justifiés par une décision dont ils tireraient avantage. A cela près, je suis persuadé que l'approbation générale doit vous consoler et rabattre très peu de chose de la satisfaction d'avoir fait un ouvrage immortel.

Ne vous repentez jamais de m'avoir entretenu de ce qui vous regarde; c'est le sujet le plus agréable pour moi: personne ne prend plus de part à vos avantages et à votre gloire.

Ce que vous me dites d'un souverain du Nord me donne une grande idée de sa tête. Ces Messieurs ne voient ordinairement pas ce qui est bon, ou ne le connaissent guère. Vous leur avez donné le moyen

de s'instruire sans bibliothèque dans les grands principes.

Vous voyez le plaisir que j'ai que vous me donniez lieu de parler de vous et de vos ouvrages. Je vous répéterai toujours qu'il y a un appartement qui vous est destiné à Govone: je ne voudrais pas que ce fût inutilement. Je n'imagine pas de plaisir auquel je puisse être plus sensible que celui de vous revoir; j'en dis autant de la part de mon frère. Il est resté à Govone, où il se tiendra jusqu'au 8® du mois prochain. Je vous embrasse tendrement de sa part, parce que je sais comme il pense; nous sommes bien d'accord sur la fidélité de l'amitié que je vous promets pour toute ma vie.

SOLAR

Page 1