‹ Correspondance de Montesquieu (volume 2)Chapitre 262 sur 489 · LE PÈRE CASTEL A MONTESQUIEU · texte numérisé non relu

LE PÈRE CASTEL A MONTESQUIEU

Autographe. Arch. de La Brède.

[1750.1 Monsieur,

Quand je rappelle — j'ai la mémoire bonne — la suite de vos procédés envers moi, et des miens envers vous, j'ai honte de moi et je suis pénétré de la plus vive reconnaissance envers vous.

Vous m'aviez connu il y a vingt-cinq ans, je ne me connaissais pas moi-même. Vous me conseillâtes dès lors de donner beaucoup de petits ouvrages: je le pouvais, je le devais, et me voilà forcé d'y revenir aujourd'hui. J'étais intimidé à Texcès par cette Académie, et le dedans ne m'encourageait pas : ce vilain journal' m'absorbait. Non que je ne fisse des ouvrages: j'ai un cours de mathématiques, un cours de physique, un cours de marine, de musique, de peinture, etc. Vous eûtes la bonté, il y a douze ou quinze [ans] de me donner un nouveau coup d'aiguil Ion, en m'offrant de faire tout imprimer en Hollande par le moyen de M. le comte de Vanhoey-, et de m'assurer la vente de 3oo exemplaires. J'ai honte de vous l'avouer : je n'eus pas même la pensée d'en profiter. Il est vrai qu'intimidé et défiant de ma facilité même, je prenais tout cela pour excès de bonté, d'amitié de votre part. Peu ambitieux et amoureux du repos, le peu qui me revenait d'honneur de mes ouvrages imprimés et du courant de ce vilain journal remplissait toute mon ambition et, si je tra-

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