‹ Correspondance de Montesquieu (volume 2)Chapitre 261 sur 489 · MONTESQUIEU A SOLAR · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU A SOLAR

Lettres familières. Nouvelle édition (?d.T\s, 1767] n 212 — Laboulaye, VU, 355. / /^ ^^■

[Fin i-jbo.]

Votre Excellence a beau dire, je ne trouve pas les excuses que vous m'apportez de la rareté de vos lettres assez bonnes pour vous la pardonner; et c'est parce que je ne trouve pas vos raisons assez bonnes, que je vous écris en cérémonie pour me venger.

Je vous dirai pour nouvelle que l'on vient d'exiler un conseiller de notre Parlement-, parce qu'il a prêté sa plume à coucher les remontrances que le corps a cru devoir faire au Roi ; et ce qu'il y a de plus incroyable encore, est que l'exil a été ordonné sans qu'on ait même lu les remontrances.

L'abbé de Guasco est de retour de son voyage de Londres, dont il est fort content. Il se loue beaucoup de M. et de M-« de Mirepoix, à qui vous

I. Le parlement de Bordeaux: sur sa résistance à l'établissement du vingtième, cf. Marion, Machault d'Arnouville, p. 58 et suiv.

l'aviez recommandé : il dit qu'ils sont fort aimés dans ce pays-là. Notre abbé, enthousiasmé des succès de l'inoculation, dont il s'est donné la peine de faire un cours à Londres, s'est avisé de la prôner un jour en présence de M""-' la duchesse du Maine, à Sceaux, mais il en a été traité comme les apôtres qui prêchent des vérités inconnues. M""^ la duchesse se mit en fureur, et lui dit qu'on voyait bien qu'il avait contracté la férocité des Anglais et qu'il était honteux qu'un homme de son caractère soutînt une thèse aussi contraire à l'humanité. Je crois que son apostolat ne fera pas fortune à Paris. En effet, comment se persuader qu'un usage asiatique qui a passé en Europe par les mains des Anglais' et nous est prêché par un étranger puisse être cru bon chez nous, qui avons le droit exclusif du ton et des modes ?

L'abbé compte de faire un voyage en Italie au printemps prochain. Il me charge de vous dire qu'il se fait d'avance un grand plaisir de vous trouver à Turin. Je voudrais bien pouvoir me flatter de le partager avec lui; mais je crois que mon vieux château et mon cuvier me rappelleront bientôt dans ma province; car, depuis la paix, mon vin fait encore plus de fortune en Angleterre qu'en a fait mon livre.

Je vous prie de dire les choses les plus tendres de ma part à M. le marquis de Breille et de me donner bientôt des nouvelles des deux personnes que j'aime et que je respecte le plus à Turin.

I . Cf. Voltaire, Lettres philosophiques, éd. Lanson, t. I, p. 1 36 et suiv.

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