LA CONDAMINE A MONTESQUIEU
Autographe. Arch. de La Brède.
Ce 3 mars [ijSil.
Aussitôt que je vous eus quitté, Monsieur, j'ai été chercher la Défense de V Esprit des lois. En vérité, je crois que c'est vous qui avez fait faire la critique des Nouvelles ecclésiastiques^ pour avoir occasion d'y répondre. Je souhaite que M. de B'. s'en tire aussi bien. Ne vous en rapportez pas pourtant à mon avis : depuis sept ou huit mois, je ne lis que vous et mes paperasses, et ce contraste me ferait trouver beau tout ce qui ne ressemble pas à mon ouvrage- et à mon style. Aussi je me suis retenu dans l'éloge que je voulais faire des vôtres et ne vous ai pas dit tout ce que j'en pense. J'admire surtout la sagesse et le ton de votre réponse. Les Jansénistes mêmes ne peuvent la désapprouver. Que ne puis-je vous voir et vous entendre plus souvent! Je devrais bien haïr ceux qui me privent du plus grand plaisir que je pourrais avoir. Je ne sais si je
a) Biffé : que je n'ai pu prévoir tous les mauvais tours que quelques scolastiques donneraient à mon li%'re.
1. Sans doute La Beaumelle, qui était alors sur le point de publier la Suite de la Défense de l'Esprit des lois, ijSi, in- 12.
2. Journal du voyage Jiiit par ordre du Roi ù l'Equatejir,... 1-5 i,in-4°.
VOUS ai fait les tendres plaintes de M. de Maupertuis. Si vous voyez M*"^ Du Châtel, que je n'ai pu voir, j'ose vous prier de lui dire tout ce que vous savez que je pense.
On m'a dit que l'auteur des six exemplaires' allait taire une nouvelle édition de quatre autres.
Adieu, Monsieur, je me replonge, hélas! dans mon triste chaos, tandis que terrassant Tenvie et le mensonge, vous éclairez le sage et confondez les sots.
La Gondamine.
A Monsieur, Monsieur le Président de Montesquieu, rue Saint-Dominique.