‹ Correspondance de Montesquieu (volume 2)Chapitre 270 sur 489 · MONTESQUIEU AU CARDINAL QUIRINI · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU AU CARDINAL QUIRINI

Minute. Arch. de La Brède.

[Janvier lySi.]

J'ai appris, par M. le duc de Nivernais, la protection que Votre Éminence m'a accordée. Je ne pensais pas, lorsque la renommée remplissait toute l'Europe de son nom, que ce fût le nom de celui qui, quelque jour, prendrait ma défense à Rome. Que n'ont point fait mes ennemis et je pourrais peut-être dire sans trop de vanité mes envieux? Ils

a) Biffé : et qu'on lui a laissé ensuite sur les bras. — b) Biffé : Mgr. — c) Biffé : Je prends la liberté de lui écrire et celle d'adresser ma lettre à Voire Excellence, qui verra s'il est à propos qu'elle soit rendue ou non.

m'ont attaqué tout à la fois dans l'assemblée du clergé de France', dans la Sorbonne, à la Gourde Vienne, et à la Congrégation de l'Indice, Je suis heureusement sorti des trois premières affaires; la quatrième reste, mais je ne puis croire que, dans une aussi grande Cour que celle de Rome, on ne voie pas ce qu'on a vu ailleurs.

Je ne puis assez répéter que mon livre est le livre d'un jurisconsulte français; que j'ai expliqué dans mon apologie les vues, les motifs, l'esprit de ce livre, de manière qu'il n'est plus possible de s'y tromper; que, dans les démêlés que j'ai eus avec le gazetier ecclésiastique, il s'est couvert de ridicule, parce qu'il a paru clairement qu'il n'avait que de la malignité et aucune lumière; que non seulement je lui ai répondu, mais que j'ai mis tout homme en état de répondre aux objections de même nature; que je travaille à une nouvelle édition- dans laquelle je fais un grand usage des réflexions qui m'ont été envoyées de Rome et à laquelle je joindrai mon apologie; qu'il n'est pas possible de lire mon livre sans découvrir un homme qui n'a aucune mauvaise intention ; que, par la même méthode que l'on emploie contre mon livre, on pourrait attaquer de même tous les jurisconsultes français, ce qui ne serait pas une bonne méthode pour concilier les esprits; que de mettre mon livre à l'Indice ne serait autre chose que de donner une espèce d'approbation au nouvelliste ecclésiastique qui m'a attaqué et faire renaître sa

1. Dans les séances des 24 et 27 juillet 1750, rassemblée du Cierge s'occupa, sans mentionner expressément l'Esprit des lois, des livres contraires à la religion, Coll. des procès-verbaux des assemblées du Clergé, t. VIII, col. 402.

2, L'édition posthume de Londres. 1757, 4 vol. in-12.

35o CORRESPONDANCE

présomption",.. Je ne finirais point si je n'avais peur d'ennuyer Votre Éminence et je crois que je ferai mieux de m'en rapporter à ses lumières; elle a vu d'avance tout ce que je pourrais dire.

J'ai l'honneur d'être avec, etc.

Page 1