‹ Correspondance de Montesquieu (volume 2)Chapitre 287 sur 489 · MONTESQUIEU A RISTEAU · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU A RISTEAU

Bernadau, Tableau de Bort^en/i.v,... (1810, in-i2), p. 201. — Laboulaj-e, VII, 3-5.

Paris, ce uj mai 1731.

Les éloges flatteurs que vous donnez à mon livre, Monsieur, me consolent un peu des critiques qu'il a essuyées. Mais je ne puis penser comme vous sur le despotisme. Un gouvernement qui est tout à la fois l'État et le prince vous paraît chimérique; je pense, au contraire, qu'il est très réel et je crois l'avoir peint d'après la vérité.

Je ne sais pas si les sujets d'un despote ont des biens qui soient à eux; je sais seulement qu'ils ne peuvent avoir aucune vertu qui leur soit propre. La corruption et la misère arrivent de toutes parts dans les États où il rè^ne.

Il y a aussi loin du despote au véritable roi que d'un démon à un ange. Il est vrai qu'il peut y avoir de grands abus dans la monarchie; mais c'est lorsqu'elle se tourne en despotisme.

Je vous en dirai davantage lorsque je vous verrai à Bordeaux. Je n'ai que le temps de vous dire que je vous chéris autant que je vous estime.

!. Fr. Risteau (1714-1784), négociant de Bordeaux, qui devint plus tard un des directeurs de la Compagnie des Indes et membre de la Société royale de Londres ; il venait de publier une Réponse atix observations sur l'Esprit des lois, ijSi, in-12. (Cf. Laboulaye, III, p. XXXVIII.) Risteau est le père de M^e Gottin.

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