‹ Correspondance de Montesquieu (volume 2)Chapitre 303 sur 489 · M'"^ GEOFFRIN A MONTESQUIEU · texte numérisé non relu

M'"^ GEOFFRIN A MONTESQUIEU

Autographe. Arch. de La Brède.

Ce 2 2 octobre [175 i].

J'ai été dévote, j'ai été mystique, j'ai été janséniste et la pénitente favorite de l'abbé d'Asfeld, et j'ai été tout cela pendant six des plus belles années de ma vie, et vous me demandez, mon cher Président, si je connais le mot de prescience. Oui, assurément, ce mot m'a été très familier, j'en sais très bien la signification et j'en sens très vivement et très tendrement l'application que vous en faites. Je suis, en vérité, pénétrée de reconnaissance de ce que vous voulez bien être sûr de mon amitié, de ce que vous en jugez la continuité et de ce que vous comptez sur ses effets. Ce sentiment que vous avez

de moi fait ma gloire et celui que je sens pour vous fait mon plaisir.

J'en ai eu un très vif d'avoir réussi dans la perquisition que j'ai faite sur le nom de l'auteur de V Apologie de V Esprit des lois ' ; celle que j'ai vue a pour distique un vers d'Horace, Ouid leges sine moribîis? Dites-moi si c'est là la brochure que vous avez vue. Celle dont je vous parle est faite par M. Rivery, médecin n'exerçant point la médecine. De plus, il n'est connu par aucun autre ouvrage que cette Apologie. Les louanges que vous lui donnez le feront connaître; je vais aussi bourdonner comme la mouche. Si vous voulez en savoir plus long sur M. Rivery, vous n'avez qu'à parler : je tiens le fil.

Pour ce qui est de M. Fréron, je n'ai pas voulu me presser de lui faire faire vos remerciements 2; je veux que vous y pensiez encore. Comme sûrement il se vantera de votre remerciement et que, d'ailleurs, ce n'est pas un homme fort estimé, j'avais peur que l'on ne trouvât votre reconnaissance audessus du bienfait. Si, après une seconde réflexion, vous êtes toujours d'avis du remerciement, il l'aura, très bien conditionné.

J'ai dit à M. et M"^ de Chevreuse3 toutes vos gentillesses; ils vous les rendent bien. La dame Imbaut est digne de son Secondât, elle est toujours plus folle Imbaut que jamais.

1. Apologie de l'Esprit des lois, ou Réponses aux observations de M. de L*'* P*'* [l'abbé de La Porte], par M. de R'*' [Boulenger de Rivery]. Amsterdam, lySi, in-12.

2. Pour un article de Fréron dans les Lettres sur quelques écrits de ce temps, t. IV, p. 145 et suiv.

3. Marie-Charles-Louis d'Albert, duc de Chevreuse (1717-1771)» lieutenant sfénéral.

Vous êtes bien heureux : vous allez jouir de notre lord Hyde; c'est un homme charmant par l'esprit et adorable par la beauté et la pureté de son âme. Parlez de moi quelquefois ensemble : quand vous serez assemblés en mon nom, je serai au milieu de vous.

Hélas, hélas! quand serez-vous au milieu de nous, vous à qui je parle ? Milord devrait vous emporter avec lui et vous rapporter avec nous.

Adieu, mon cœur, de tout mon cœur.

568. — M9r DE CHABANNES A MONTESQUIEU. Original. Arch. de La Brède.

A Monbran', ce 26 octobre i-jbi.

Personne, Monsieur, ne traite les nouveaux convertis avec plus de ménagement que moi-; je ne crains pas de dire que c'est une chose publique et, quand je ne serais pas dans ces sentiments, l'intérêt que vous prenez au sieur Cazard serait capable de me les inspirer dans cette occasion. Mais, je vous prie, mettez-vous à ma place. Monsieur : lorsque les curés, que je dois nécessairement consulter sur les dispositions des gens qui sont sous leurs yeux, m'écrivent et me disent à tue-tête que tels et tels sont des huguenots manifestes, ainsi que cela m'a été mandé sur le compte du sieur Cazard, j'ai l'honneur de vous le répéter, que voulez-vous que

1. Monhran (Lot-et-Garonne, commune de Foulayronnes,)' château où mourut Mgr de Chabannes, en 1767.

2. Il est à remarquer que Mgr de Chabannes venait précisément de publier une Lettre à M. le Contrôleur général contre la tolérance des Huguenots ( i " mai i 76 1). 1 75 1 , 10-4", 8 p.

je fasse? Mais pour vous marquer combien j'ai envie de soulager ces gens-là et, en même temps, de vous prouver combien je souhaite de faire ce que vous voulez, ayez vous-même la bonté de faire l'arrangement, de me le mander et j'y souscrirai. Je m'en rapporte à vous, connaissant, comme je fais, votre amour pour le bon ordre et votre attachement aux lois de l'Etat.

Je profite avec bien du plaisir de cette occasion pour vous assurer du respectueux attachement avec lequel je serai bien sincèrement toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

f L'EvÊQUE d'Agen.

A Monsieur, Monsieur de Montesquieu, ancien président à mortier, — à Bordeaux.

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