‹ Correspondance de Montesquieu (volume 2)Chapitre 313 sur 489 · M™« DU DEFFAND A MONTESQUIEU · texte numérisé non relu

M™« DU DEFFAND A MONTESQUIEU

Original. Arch. de La Brcde. — Publ. par F. Strovvski, Correspondant, lo décembre 1912, p. S92.

Ce S novembre lySi.

Vous apercevez-vous du temps qu'il y a que je ne vous ai écrit? Non, sûrement, et vous n'êtes, par conséquent, pas curieux d'en savoir la raison. Je vais pourtant vous la dire : je suis morte, et je me suis fait inhumer à Sceaux. Cela est très vrai; on prétend que je ressusciterai : c'est dont je doute. S'il m'en venait quelque espérance, ce serait par l'idée qu'il me prend aujourd'hui de vous écrire, à vous qui êtes le plus vivant de tous les hommes. Si c'était à M. de Laistre", cela ne sis^nifierait rien, et ne ferait même que me confirmer dans mon état. Le vrai est. Président, que depuis un mois je suis à Sceaux; ma santé est détestable, ma vue si baissée que je ne saurais écrire moi-même et que j'ai des vapeurs si noires que je ne saurais être ni seule ni en compagnie. C'est ce qui m'a fait choisir ce séjour-ci, qui ressemble fort à la vallée de Josaphat, excepté qu'on n'y est point jugé.

Milord Hyde m'a écrit de chez vous; il prétend que vous avez parlé de moi ensemble; vous faites bien de ne me point oublier, car personne ne vous aime autant que moi. J'ai toujours un grand regret de n'être pas votre sœur: je ne vous quitterais ni jour ni nuit, car vous ne dormez guère ni moi non plus. N'avez-vous pas d'impatience de revoir

a) Texte: M. de L'Etre.

3q^ CORRESPONDANCE

notre nouvelle duchesse'? Je n'ai encore fait que l'entrevoir. J'attends Formont pour retourner à Paris; ce sera, je crois, à la fin de ce mois. Vous devriez bien y revenir, votre présence chasserait toutes les vapeurs qui m'environnent. Mes compliments à M. votre fils.

A Monsieur, Monsieur le président de Montesquieu, — à Bordeaux.

Page 1