‹ Correspondance de Montesquieu (volume 2)Chapitre 323 sur 489 · MONTESQUIEU A GUASCO · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU A GUASCO

Lettres familières (XXXVIII), p. 14g. — Laboulaye, VII, 385.

De Paris [lyôi]

Ce que vous me mandez par votre billet d'hier ne saurait me déterminer à renoncer au principe que je me suis fait. Depuis le futile de La Porte' jusqu'au pesant Dupin% je ne vois rien qui ait assez de poids pour mériter que je réponde aux critiques : il me semble même que le public me venge assez, et par le mépris de celles du premier, et par l'indignation contre celles du second. Par le détail que vous me ferez à votre retour de ce que vous avez entendu des deux conseillers au Parlement en question, je verrai s'il vaut la peine que je donne quelques éclaircissements sur les points qui ont paru les choquer. Je m'imagine qu'ils ne parlent que d'après le Nouvelliste ecclésiastique, dont les déclamations et les fureurs ne devraient jamais faire impression sur les bons esprits.

1. a L'abbé de La Porte fut le premier qui osa critiquer V Esprit des lois dans ses feuilles périodiques. On disait dans le public qu'il y avait été induit par M. Dupin, fermier général, qui commençait à escarmoucher par des troupes légères envoyées en avant. » (Guasco.)

2. € Ce fermier général fit ensuite imprimer à ses frais une critique presque aussi étendue que VEsprit des lois, qu'il distribua à ses connaissances, à condition de ne le point prêter. On ne manqua pas cependant de faire tomber un exemplaire de cette critique entre les mains de M. de Montesquieu et, dès qu'il eut parcouru quelques parties de cette rhapsodie, il dit qu'il ne valait pas la peine de lire le reste, se reposant sur le public. En effet, la mauvaise foi qu'on découvrit dans les citations des passages mutilés, à dessein de rendre l'auteur de VEsprit des lois odieux au gouvernement, ainsi que les mauvais raisonnements l'indignèrent au point que M. Dupin crut devoir retirer les exemplaires distribués sous prétexte d'en faire une nouvelle édition pour corriger des fautes qui s'étaient glissées; mais cette nouvelle édition ne parut jamais. » (Guasco.) En réalité, on en connaît une réédition en trois volumes in-8°.

4tO CORRESPONDANXE

A l'égard du plan que le petit ministre de Wurtemberg' voudrait que j'eusse suivi dans un ouvrage qui porte le titre d^Esprit des lois^ répondez-lui que mon intention a été de faire mon ouvrage, et non pas le sien.

Adieu.

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