LE DUC DE NIVERNAIS A MONTESQUIEU
Original. Arch. de La Brède.
A Rome, le 8 décembre i jS 1 .
J'ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer, Monsieur, sur laquelle je vous ai prévenu depuis longtemps. J'ai toujours cru, en effet, que l'on ne pourrait réussir qu'à suspendre et retarder, et non
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empêcher la proscription de VEsprit des lois^ car c'est une maxime constante que tout livre dénoncé au Saint-Office ou à l'Index finit par être condamné. J'aurais peut-être pu tirer en longueur davantage, si la Congrégation n'avait eu affaire qu'à vous, mais ce n'est pas à vous qu'on en veut, c'est à une traduction italienne, faite à Naples, et à V Apologie faite à Berlin'; et, comme on trouve déjà trop de dispositions dans ce royaume à adopter les principes ultramontains, on croit ne pouvoir prendre trop de précautions pour les empêcher de s'y accréditer.
Cette même raison a fait que je n'ai obtenu qu'avec peine, et en le demandant moi-même au Pape comme une grâce qui me touchait sensiblement, que le décret ne fût pas publié séparément. Par ce moyen, la condamnation ne sera publiée que d'ici à un an et sans décret particulier : on se contentera seulement de grossir et d'honorer du titre de votre livre la liste de ceux qui auront été condamnés pendant l'année. Je vous supplie de vous assurer que si je ne vous ai pas mieux servi, ce n'est pas faute de zèle et quej'y ai fait humainement tout ce que j'ai pu.
Ce que vous y pouvez actuellement vous-même, c'est de regarder cet événement avec l'indifférence dont il est pour un Français, et d'être bien persuadé que ces gens-ci ne croient pas vous avoir fait grand mal.
J'ai l'honneur d'être, avec le plus sincère et le plus inviolable attachement. Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Le duc de Nivernais.
1. La Suite de la déjense de l'Esprit des lois, de La Beaumelle. Berlin, 1751, in-12.