MONTESQUIEU A DUCLOS
Lettres familières, éà. de 1768 (XXVIII), p. 97.— Laboulaye, VII, p. 309.
De Bordeaux, ce i5 août 1748.
La lettre, Monsieur mon illustre confrère, que vous m'avez écrite en réponse au sujet de l'abbé Guasco' est si obligeante que je ne peux m'empêcher de vous en faire un remerciement. J'ai une grande envie de vous revoir, mais Helvétius et Saurin vous reverront plutôt que moi. J'ai pourtant, depuis quelques jours, brisé bien des chaînes qui me retenaient ici. Les soirées de l'hôtel de Brancas reviennent toujours à ma pensée, et ces soupers qui n'en avaient pas le titre et oiî nous crevions. Dites, je vous prie, à M"'^ de Rochefort- et à M. et M"'" de Forcalquieri d'avoir quelques bontés pour un homme qui les adore. Vous devriez bien me procurer quelques-unes de ces badineries charmantes de M. de Forcalquier, que nous voyions quelquefois à Paris et qui sortaient de son esprit comme un éclair.
Je suis devenu bien sage depuis que je ne vous ai vu: je ne fais et ne ferai absolument rien; et j'ai pris mon parti de n'avoir plus d'esprit à moi et de me livrer entièrement à l'agrément de celui des