‹ Correspondance de Montesquieu (volume 2)Chapitre 330 sur 489 · I. Baron (Lot-et-Garonne, commune de Ruffiac · texte numérisé non relu

I. Baron (Lot-et-Garonne, commune de Ruffiac

je l'ai fait au pied de la lettre les paroles de la Genèse que vous me rappelez : mais si les religions elles-mêmes peuvent dépendre des climats, pourquoi la philosophie n'en tiendrait-elle pas un peu? J'aurais cru pécher contre toutes les règles de la raison en m'associant une femme tandis que j'habitais Paris; mais, rencoigné dans ma province, obligé par ma charge de garder ordinairement ma maison, je ne pouvais me passer de la société d'une femme'. Peut-être me suis-je un peu trop étourdi sur les inconvénients inévitables de cet état, mais jusqu'à présent je n'y trouve que de la douceur et je meurs d'envie de vous trouver à Paris lorsque j'y mènerai ma femme pour vous faire convenir que je n'ai pas eu tous les torts que vous avez cru.

Que dites-vous des scènes ridicules que nos beauxesprits de Paris donnent à Berlin? Il me semble que Voltaire vit trop longtemps pour son honneur, pour celui de sa patrie et pour celui de l'esprit humain.

Si vous continuez à vous faire lire les gazettes d'Hollande, vous y aurez trouvé matière à raisonnement, quant à la partie des lois, dans l'exposé des motifs du roi de Prusse. Je vous avoue que je ne m'attendais pas aux réponses sucrées du roi d'Angleterre. Selon moi, toutes ces questions des prises ne sont que des procès entre particuliers; et où en serait la société si, sous prétexte que tel parlement ou tel autre tribunal a mal jugé dans deux ou trois cas particuliers, l'on était en droit de dédommager le condamné aux dépens de l'étranger qui est sous

I. Helvétius, après s'être démis de sa charge de fermier général, avait épousé, le 17 août 1751, M"« de Ligneville. Cf. Keim, Helvétius (Paris, 1907, in-S"), p. 182 et suiv.

la foi des traités et qui n'a rien de commun avec lui? Les représailles que le droit des gens permet en certains cas ne sauraient s'appliquer et justifier le cas dont il s'agit. Apparemment que la situation des États de Hanovre et la négociation du roi des Romains a plus influé sur le douceâtre de la réponse que la force des raisonnements de Berlin.

Que je trouve votre maître à plaindre de ne pouvoir parvenir à imposer silence et à concilier entre eux les deux corps les plus importants de son Etat : bien différent en cela de tous les nouvellistes, je voudrais n'entendre jamais parler de tous ces démêlés, par où je me crois fondé à me vanter qu'il n'y a pas en France d'aussi bon citoyen que moi.

J'ai eu, dans les commencements, assez souvent des lettres de M'"^ Du Deffand, mais depuis qu'elle a quitté Paris, ou du moins qu'elle m'a mandé qu'elle allait le quitter pour aller chez ses parents, je n'ai eu aucune de ses nouvelles. Vous me feriez grand plaisir de m'en donner si vous en avez. Vous n'aurez pu vous dispenser de donner des regrets à votre ami de Forcalquier. La philosophie empêche de se trop affliger de la perte des gens qu'on aime, mais elle n'empêche pas de jeter des larmes au premier moment. Mes amis Tronchin ' et Du Pan envient le bonheur que j'ai d'avoir des lettres d'un homme comme vous. En vérité, vous devriez aux uns et aux autres de faire le détour de Genève quand vous retournerez à Paris.

I. Le médecin Théodore Tronchin et le conseiller François Tronchin. Voyez les deux ouvrages de M. Henri Tronchin,

Faites agréer mes obéissances à M. de Secondât, et souvenez-vous toujours, s'il vous plaît, que vous avez en moi l'adorateur le plus dévoué.

Helvétius.

A Monsieur, Monsieur de Montesquieu, président à mortier honoraire, etc., etc., — à Bordeaux'^ .

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