MONTESQUIEU A GUASCO
Lettres familières rXLI), p. i6o. — Laboulaye, VII, 896.
De Raymond en Gascogne, S août 1732.
Soyez le bien arrivé, mon cher comte; je regrette beaucoup de n'avoir pas été à Paris pour vous recevoir. On dit que ma concierge, M"^ Betti, vous a pris pour un revenant et a fait un si grand cri, en vous voyant, que tous les voisins en ont été éveillés.
Je vous remercie de la manière dont vous avez reçu mon protégé. Je serai à Paris au mois de septembre; si vous êtes de retour de votre résidence avant que je sois arrivé, vous me ferez honneur de porter votre bréviaire dans mon appartement; je compte pourtant y être arrivé avant vous. Vous êtes un homme extraordinaire : à peine avez-vous bu de Teau des citernes de Tournai', que Tournai vous envoie en députation. Jamais cela n'est arrivé à aucun chanoine.
Je vous dirai que la Sorbonne, peu contente des applaudissements qu'elle recevait sur l'ouvrage de ses députés, en a nommé d'autres pour réexaminer l'affaire ^ Je suis là-dessus extrêmement tranquille. Ils ne peuvent dire que ce que le nouvelliste ecclésiastique a dit, et je leur dirai ce que j'ai dit au nouvelliste ecclésiastique; ils ne sont pas plus forts avec ce nouvelliste, et ce nouvelliste n'est pas plus fort avec eux. Il faut toujours en revenir à la raison: mon livre est un livre de politique, et non pas un livre de théologie; et leurs objections sont dans leurs têtes, et non pas dans mon livre.
Quant à Voltaire, il a trop d'esprit pour m'entendre : tous les livres qu'il lit, il les fait; après quoi il approuve ou critique ce qu'il a fait. Je vous remercie de la critique du père Gerdib; elle est