‹ Correspondance de Montesquieu (volume 2)Chapitre 383 sur 489 · MONTESQUIEU A M""« DU DEFFAND · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU A M""« DU DEFFAND

Correspondance inédite de M'"' du Deffand (1809), t. I, p. 22. — Laboula3e, VII, Sjg.

Au château de La Brède, le 12 septembre [lySS-].

Vous dites. Madame, que rien n'est heureux, depuis l'ange jusqu'à l'huître : il faut distinguer.

a) Nous avons cru pouvoir rétablir de façon plus correcte le texte suivant donné par Hill-Burton et Laboulaye : M. de Jouquart qui a formé le dessin de traduire l'ouvrage de M. Wallace, me dit hier qu'il traduirait aussi le vôtre, sur le nombre des peuples chez les anciennes nations.

1. Joncourt, professeur de langues à Paris, traduisit, en r~b:\, VEssai sur la différence du notnbre des hommes dans les temps anciens et modernes, de Wallace.

2. Cette lettre, datée de 1741 dans l'édition de iSog et de 1751 dans l'édition de Lescure et dans Laboulaye, doit être de ijSS, comme l'indiquent les allusions à la querelle de Voltaire et de Maupertuis, et à l'élection de Buft'on à l'Académie française (25 août 175 3).

Les séraphins ne sont point heureux, ils sont trop subHmes : ils sont comme Voltaire et Maupertuis, et je suis persuadé qu'ils se font là-haut de mauvaises affaires; mais vous ne pouvez douter que les chérubins ne soient très heureux. L'huître n'est pas si malheureuse que nous, on l'avale sans qu'elle s'en doute; mais pour nous, on vient nous dire que nous allons êtrd> avalés et on nous fait toucher au doi<Tt et à l'œil que nous serons digérés éternellement. Je pourrais parler à vous, qui êtes gourmande, de ces créatures qui ont trois estomacs : ce serait bien le diable si, dans ces trois, il n y en avait pas un de bon. Je reviens à l'huître: elle est malheureuse quand quelque longue maladie fait qu'elle devient perle : c'est précisément le bonheur de l'ambition. On n'est pas mieux quand on est huître verte; ce n'est pas seulement un mauvais fond de teint, c'est un corps mal constitué.

Vous dites que je n'ai point écrit à M""» la duchesse de Mirepoix; j'en ai découvert deux raisons : c'est qu'elle est malade et qu'elle est dans les embarras de la Cour. A l'égard de d'Alembert, j'ai plus d'envie que lui et autant d'envie que vous de le voir de l'Académie; car je suis le chevalier de l'ordre du Mérite. Il est vrai qu'à la dernière élection il y eut quelque espèce de composition faite, qui barbouille un peu l'élection prochaine; mais je vous parlerai de tout cela à mon retour, qui sera vers le i5 ou la fin de novembre. Je suis pourtant bien ici: mais les hommes ne quittent-ils pas sans cesse les lieux où ils savent qu'ils sont bien, pour ceux où ils espèrent d'être mieux? J'irai vous marquer ma reconnaissance des choses charmantes que vous

nous dites toujours et qui nous plaisent toujours plus qu'à vous. Je vous félicite d'être chez xM"'^ de Betz'. Nous sommes dans des maisons de même goût; car je me trouve au milieu des bois que j'ai semés et de ceux que j'ai envoyés aux airs. Je vous prie de vouloir bien faire mes compliments aux maîtres de la maison et d'agréer, Madame, le respect et l'amitié la plus tendre.

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