Beautiran (Gironde, canton de La Brède
continuer après les vendanges; et vous commîtes le s' Latapie, juge de La Brède, pour Texécution de votre ordonnance, en conséquence de laquelle on travailla ; et après vendanges on reprit pendant quelques jours. Mais le mauvais temps survint, on fut forcé de discontinuer. Au commencement de l'été la disette des fourrages a empêché de reprendre ce travail. Il 3^^ a trois semaines que l'on le reprit. Ceux de la paroisse de La Brède s'y sont prêtés, quoique cela les intéresse beaucoup moins que ceux de Saucats. Ceux-ci n'a3'ant point voulu obéir — je ne dirai point par qui ils ont été détournés — , j'écrivis à M. de Forlus pour envoyer un archer, non pour faire du mal, mais pour intimider un peu ces gens-là. Comme je n'ai point votre ordonnance ici, l'exprès qui aura l'honneur de vous remettre cette lettre a ordre de passer tout d'un temps à La Brède, pour dire au sieur Crozilhac, procureur d'office, de se rendre à Bordeaux pour vous l'apporter; lequel a été chargé par ledit sieur Latapie, mon juge, qui est ici avec moi, de faire finir cet ouvrage, toujours en vertu de votre ordonnance. Notre esprit a été de ne faire pas le moindre frais à ces gens-là, que dans le cas où il serait absolument nécessaire et inévitable, et quelques menus frais même que l'on fit l'année passée je les fis remettre lorsque le travail eut cessé, à très peu de chose près, et je ne dis pas ce que je donnais aux convoyeurs.
Je ne vous parlerai pas de M"'^ de Pichard: je respecte trop les dames. Mais elle a grand tort de se plaindre, puisqu'on a commis une espèce d'injustice pour elle en ne faisant pas marcher ses métayers. Mais je vous parlerai de M. l'avocat du Roi, Roche,
qui non seulement n'a pas voulu obéir, mais a écrit une lettre à un des syndics la plus propre du monde à les empêcher d'obéir.
Tout s'est passé, Monsieur, avec toute sorte de modération et se passera toujours de même. Mais je ne peux pas empêcher des esprits inquiets de se plaindre et, si vous voulez bien prendre la peine d'envoyer quelque commissaire sur les lieux, vous verrez qu'on ne vous a pas accusé juste. On vous a dit que le chemin en question n'était pas un chemin public; on vous a dit que la paroisse de Saucats n'y avait pas d'intérêt, mais bien celle de La Brède ; on vous a dit que ce chemin n'intéressait que moi et mes habitants de La Brède; on vous a dit que l'ouvrage se faisait sans aucune autorité, que l'on y faisait des vexations. Vous verrez. Monsieur, la vérité des choses. Au reste, si vous voulez révoquer votre ordonnance, vous êtes absolument le maître, car, à la réserve de l'intérêt public, je ne sache pas y en avoir aucun, et les choses sont telles que, s'il y a quatre bouviers de la paroisse de La Brède qui aient besoin de ce chemin, il y en a trente de la paroisse de Saucats qui en ont un besoin indispensable.
Je vous prie de vous rappeler que, dans la lettre que vous me fîtes l'honneur de m'écrire là-dessus, vous me louâtes et m'encourageâtes beaucoup et me marquâtes que, si tous les seigneurs étaient aussi zélés et attentifs pour le bien public, vos ouvrages avanceraient beaucoup plus et avec plus de facilité. Je ne vous demandai d'abord qu'un archer pour soutenir les ordonnances de mon juge, mais vous trouvâtes à propos de rendre celle dont je vous ai
3û6 CORRESPONDANCE
parlé, moyennant quoi, disiez-vous, tout en irait mieux, — et cela est vrai.
J'ai, Monsieur, l'honneur d'être avec un respect infini, votre très humble et très obéissant serviteur.
Montesquieu.