MONTESQUIEU A L'ABBÉ LE BLANC
Original. Bibl. Victor Cousin (à la Sorbonne), autographes, t. V, n" 58. — Revue rétrospective, 2« série, t. VI, avriljuin i836. — Laboulaye, VII, p. 434.
A La Brède, ce i3 septembre 1754.
Je reçois, Monsieur, avec bien de la reconnaissance et votre lettre et votre traduction de M. Hume, que j'ai lue avec beaucoup de plaisir, et l'auteur ne pourra pas vous accuser d'avoir affaibli son original, chose que les auteurs font quelquefois, parce qu'ils estiment trop leur original.
Il est vrai. Monsieur, que j'ai reçu deux lettres, l'une de M. Wallace et l'autre de M. Hume, où ces deux hommes illustres et qui pensent très différemment sur la même question parlent l'un et l'autre d'une manière si noble, si désintéressée, et d'euxmêmes d'une manière si modeste que je ne saurais assez admirer leur candeur et que j'aurais été tenté de les faire imprimer, s'ils m'en avaient donné la permission et si quelques paroles flatteuses qui y sont me l'avaient permis. Ils ne m'écrivent point
I. L'abbé J. Le Blanc (1707-1781) venait de publier une traduction des Discours politiques de Hume. Amsterdam [Paris], 1 754, 2 voL in-i 2.
pour juger leur différend, comme on vous l'a dit; je n'en suis point capable et, si j'étais juge, je déciderais comme celui qui jugea le combat des deux bergers de Virgile'.
A l'égard de ma médaille-, Monsieur, je n'en ai point actuellement, mais je la chercherai pour répondre à l'honneur que vous voulez bien faire à l'original et à la copie.
Je vous félicite. Monsieur, du plaisir que vous avez eu dans cette maison et cette compagnie adorable 5 qui fait, quand je suis à Paris, le bonheur de ma vie et tout le contraire quand je suis absent.
J'ai, Monsieur, l'honneur d'être, avec des sentiments remplis de la plus parfaite estime, votre très humble et très obéissant serviteur.
Montesquieu.
A Monsieur, Monsietir l'abbé Le Blanc, — à Paris