JACOB VERNET A MONTESQUIEU
Autographe. Arch. de La Brède.
Genève, le 4 septembre 1 748.
Monsieur.
Votre carrosse de Limoges est un lambin. Je croyais recevoir hier votre dernier paquet et nous voilà renvoyés de huit jours, au grand déplaisir de l'imprimeur, réduit à chômer. Avant que le texte à corriger vienne, vos corrections sont venues par la
a) Biffé : de la pierre philosophale.
poste. J'en ferai usage et je n'ai point livré le chapitre XXIII, puisque vous me l'envoyez retouché. Je suis fâché que vous repreniez le désir de faire distinguer les six parties, après vous en être désisté; l'imprimeur s'est arrangé sur ce pied-là, et voilà de nouveaux cartons à faire. D'ailleurs la copie n'a pas été conservée assez soigneusement pour savoir où ces parties sont marquées et, en cas que vous persistiez à faire des cartons pour cela, il faudrait me marquer à quels livres vous les rapportez. Enfin ne faudrait-il point faire une partie pour les lois romaines, une exprès pour les lois françaises et une pour les lois féodales? Car cela est assez distinct. J'avoue que l'ouvrage me paraît aller aussi bien avec la seule distinction des livres; cependant on suivra ce que vous ordonnerez.
Ne serait-il point à propos, outre l'addition explicative du titre dont nous sommes convenus, d'y ajouter: avec des recherches nouvelles sur les lois romaines, touchant les successions, sur les lois françaises et sur les lois féodales, ou quelque chose d'approchant'.
Vous ne m'avez encore rien répondu sur la demande que fait l'imprimeur, si l'on mettra un avertissement ou une préface. Je suppose que vous ne voulez rien mettre, ni rien laisser mettre par le libraire.
Vous ne me donnez non plus aucun ordre sur les 70 exemplaires qui vous sont destinés. Voulez-vous
I . Montesquieu s'arrêta à la rédaction suivante : De l'Esprit des Loix ou du rapport que les loix doivent avoir avec la constitution de chaque gouvernement^ les moeurs, le climat, la religion, le commerce, etc., à quoi l'auteur a ajouté des recherches nouvelles stir les loix Romaines ouchxnt les succesi>ions, sur les loix françaises et sur les loix féodales.
que je les fasse brocher ou cartonner? On peut les donner honnêtement comme cela, au lieu qu'on n'oserait les donner en feuilles. D'ailleurs, c'est un moyen de les coUationner et de bien placer les cartons, ce qui est essentiel. Je le ferai faire assez proprement et à bon compte.
Ensuite comment faut-il vous faire parvenir cela? Car vous savez comment la Chambre syndicale de Lyon est terrible: on arrête tout livre imprimé hors de France et il faut un ordre de M. le chancelier pour en avoir mainlevée. Cet article n'est point prématuré, parce que je vois que vos réponses sont trois semaines à venir et qu'il ne faut pas plus de temps pour achever le livre.
Peut-être préparez-vous déjà quelques additions ou changements pour une deuxième édition qui sera nécessaire dans peu. J'espère que vous mettrez le libraire en état d'avoir toujours cet avantage par devers lui pour empêcher la contrefaction [sic], car il est fort à craindre qu'on ne lui joue ce tour.
Vous auriez eu une belle occasion de parler plus à fond du duel dans vos Lois françaises ou féodales. Cependant je crois que vous avez jeté quelques principes'. J'aurais voulu un chapitre sur cet article, dût-il être aux dépens du chapitre sur le crime contre nature^, dont on pourrait se passer.
Vous aviez bien raison d'annoncer que le château de Tabbé Dubos périrait en poudre; tout ce que vous dites là-dessus est bien curieux et bien ramené aux sources. Personne ne sait comme vous trouver les racines naturelles des choses. Pendant que vous