‹ Correspondance de Montesquieu (volume 2)Chapitre 431 sur 489 · MONTESQUIEU A GUASCO · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU A GUASCO

Lettres familières (XLVIÏI), p. 206. — Laboulaye, VII, 436.

De La Brède, 3 novembre 1754.

Mon cher Abbé,

Vous devez avoir reçu la lettre que je vous ai écrite à Naples et celle que j'adressai depuis à Rome. Je ne sais plus en quel endroit de la terre vous êtes; mais comme une de vos lettres du i3 août 1754 est datée de Bologne et m'annonce votre prochain retour à Paris, j'adresse celle-ci à Turin, chez votre ami le marquis de Barol.

Je commence par vous remercier de votre souvenir pour le vin de Rochemorin', vous assurant que je ferai, avec la plus grande attention, la commission de Milord Pembroke : c'est à mes amis, et surtout à vous, qui en valez dix autres, que je dois la réputation où s'est mis mon vin dans

a) Montesquieu a écrit au dos : Répondu que je n'en avais pas.

1 . Cru de Graves, propriété actuelle de la baronne de Montesquieu (ccmmune de Martillac).

l'Europe, depuis trois ou quatre ans : à l'égard de l'argent, c'est une chose dont je ne suis jamais pressé, Dieu merci.

Vous ne me dites point si Milord Pembroke, qui vous parle de mon vin, se souvient de ma personne. Je l'ai quitté, il y a deux ans, plein d'estime et d'admiration pour ses belles qualités : vous ne me parlez point de M. de Gloire, qui était avec lui, et qui est un homme de très grand mérite, très éclairé, et que je voudrais fort revoir.

Je voudrais bien que vos affaires vous permissent de passer de Turin à Bordeaux. Vous qui voyez tout, pourquoi ne voudriez-vous point voir vos amis et La Brède, toute prête à vous recevoir avec des lo ? Mais peut-être vous verrai-je à Paris, où vous ne devez point chercher d'autre logement que chez moi, d'autant plus que la dame Boyer, votre ancienne hôtesse, n'est plus : dès que je vous saurai arrivé, je hâterai mon départ.

Ce que vous a dit le Pape de la lettre de Louis XIV à Clément XI est une anecdote assez curieuse '. Le confesseur n'eut pas sans doute plus de difficulté d'engager le roi à promettre qu'il ferait rétracter les quatre propositions du clergé, qu'il en eut à faire promettre que sa bulle serait reçue sans contradiction; mais les rois ne peuvent pas tenir

I. « Sa Sainteté lui avait dit avoir entre ses mains unelettre par laquelle ce monarque promettait à Clément XI de faire rétracter son clergé de la délibération touchant les quatre propositions du clergé de France de \6bJ., que cette lettre lui avait tenu si fort à cœur que pour la tirer des mains du cardinal Annibal Albani, camerlingue, qui faisait difficulté de la livrer, il avait été obligé de lui accorder, non s.-ins quelque scrupule, disait-il, certaines dispenses que ce cardinal exigeait.» (Guasco.) La lettre de Louis XIV a été publiée par Daunou, Essai historique sur la puissance temporelle des papes, II, 194.

tout ce qu'ils promettent, parce qu'ils promettent quelquefois sur la foi de ceux qui les conseillent suivant leurs intérêts.

Adieu, mon cher comte; je vous salue et embrasse mille fois.

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