MONTPAYROUX A D'ARGENSON
P. p. Vian, dans Laboulaye, VI, SiS.
A Genève, le 17 février 1749.
Monseigneur,
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 3 i du mois dernier, par laquelle vous m'ordonnez de vous envoyer les cartons de VEsprit des lois. Si je n'y ai pas répondu plus tôt, c'est que j'ai trouvé quelques difficultés pour exécuter cet ordre. On a d'abord exigé de moi que je m'engageasse positivement qu'il ne serait fait de ces cartons aucun usage qui pourrait préjudicier à l'auteur ou à Timprimeur. J'ai eu cette facilité, dans la persuasion que vous voudrez bien, Monseigneur, ne pas me désavouer. Ensuite, on a prétendu que ces cartons étaient dans les maculatures, qu'on en avait brûlé beaucoup
I . Cette lettre a parfois été attribuée à tort à Montesquieu, notamment dans l'édition Parrelle (t, I, p. m), qui l'a publiée la première.
et qu'il serait dilîficile d'en ramasser l'assortiment. Enfin, on m'a fourni ceux que vous trouverez ci-joints. Il y en a un ou deux qui sont maltraités, mais on m'a assuré qu'il n'existe point d'autres feuilles de ceux-là. Je ne crois pas, Monseigneur, que vous trouviez que ces cartons répondent à l'idée qu'on a pu vous donner; à deux ou trois changements près, qui sont de quelque considération, les autres ne sont que des corrections purement grammaticales.
Je suis bien flatté. Monseigneur, d'avoir pu réussir dans une chose qui vous est agréable, et je ne désirerai jamais rien avec plus d'empressement que les occasions de vous marquer le respect infini avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monseigneur, etc.