M"'' D'AIGUILLON A MAUPERTUIS
Maupertuis, Éloge de Montesquieu, p. 5j, note. — Laboulaye, I, 25.
[Février i 735.]
. . . La douceur de son caractère s'est soutenue jusqu'au dernier moment. Il ne lui est pas échappé une plainte, ni la moindre impatience : « Comment est l'espérance à la crainte?» disait-il aux médecins. Il a parlé convenablement à ceux qui l'ont assisté : «J'ai toujours respecté la religion; la morale de l'Évangile est une excellente chose et le plus beau présent que Dieu pût faire aux hommes. >
Les jésuites qui étaient auprès de lui, le pressant de leur remettre les corrections qu'il avait faites aux Lettres Persanes, il me remit et à M"'*= Dupré son manuscrit, en nous disant: «Je veux tout sacrifier à la raison et à la religion, mais rien à la Société'; consultez avec mes amis et décidez si ceci doit paraître ^ >
Il était bien aise de voir ses amis et prenait part à la conversation dans les intervalles où sa tête était libre. « L'état où je suis est cruel, me disait-il, mais il y a aussi bien des consolations; > tant il était sensible à l'intérêt que le public y prenait et à l'affection de ses amis.
J'y passais les jours et presque les nuits. M""' Dupré y était aussi très assidue, M. le duc de Nivernais, M. de Bulkeley, la famille de Fitz-