Voltaire. Appel au public (éd. Moland, IV
4. Persian letters by M. de Montesquieu, translated from the french..., 6"" édition Edinburgh, Al. Donaldson. 1773. in-8°.
5. Janvier 1790, p. 252.— VEsprit des journaux donne la lettre comme extraite de la Chronique de Paris; nous n'avons pas su l'y retrouver. La lettre a été rééditée d'après VEsprit des journaux par H. Feuilleret dans le Courrier de la Gironde, 17 septembre 1878.
6. Trois lettres attribuées à Montesquieu, s. 1. n. d., in-S" de 1 5 pp. ; à la suite les Notes sur l'Angleterre avec pagination spéciale (iG pp.). — Le seul exemplaire que nous connaissions appartient à M. Barckhausen.
homme qui peut résoudre très facilement les questions qu'il me fait.
Je ne suis pas de votre sentiment sur le despotisme et les despotes. Il me paraît affreux et absurde, Monsieur, qu'un peuple entier soit soumis aveuglément aux caprices d'un seul homme, fût-il un ange; je ne voudrais point vivre un jour sous lui. Cet ange peut devenir dans un instant un monstre avide de sang. Le despotisme, selon moi, est le plus abominable et le plus révoltant de tous les mauvais gouvernements. L'homme y est sans cesse avili et écrasé. Ouvrez l'histoire ancienne et moderne; voyez s'il y en a jamais eu un sur la terre qui n'ait outragé les hommes et la nature.
Le meilleur des gouvernements serait sans doute la monarchie, s'il était possible de voir des monarques comme Henri IV, le seul roi qui mérite l'hommage et la vénération des Français. 11 faudrait que les rois fussent tous instruits à l'école du malheur, comme ce brave homme l'a été. Car il n'y a que ceux-là de vraiment grands et qui aiment les hommes. Pour être vivement touché du malheur d'autrui, il faut en avoir éprouvé soi-même; l'âme de la plupart des princes, au contraire, gâtée par le bonheur et en proie au fol orgueil, est inaccessible à la pitié et insensible à la gloire.
Je ne suis pas étonné que, dans les monarchies, et
a été partiellement imprimée dans VEsprit des journaux, sont copiées d'un recueil manuscrit que l'on assure être de la main de Montesquieu lui-même, et qui a appartenu au chevalier de Bruant, à qui ces lettres ont été adressées. Malgré toutes ces assurances, je ne puis les considérer comme étant l'ouvrage de l'auteur de l'Esprit des lois, et c'est par complaisance pour la personne de qui je tiens le manuscrit, que j'en imprime vingt exemplaires. R. »
surtout dans la nôtre, il y ait eu si peu de princes estimables. Sans cesse entourés de corrupteurs, d'hypocrites et de fourbes, ils s'accoutument à dédaigner les hommes, ils n'estiment que les courtisans qui caressent leurs vices, et vivent dans une indolente oisiveté.
C'est là le sort de la plupart des monarques. Comme les grands hommes sont rares partout, les grands rois le sont encore davantage. Aussi la splendeur d'une monarchie est passagère. La France tombe dans l'avilissement et la misère; ce siècle l'anéantira, ou elle sera la proie du premier conquérant audacieux.
Le gouvernement d'Angleterre n'a qu'un extérieur très imposant qui séduit le peuple, parce qu'il se croit le maître de tout. Je ne vois pas de pays où il soit plus facile de nourrir des dissensions ouvertes et ruineuses à l'État, Un roi habile et généreux peut régner dans dix années en vrai despote avec plus de sûreté à Londres qu'à Moskow. Souvenez-vous de Cromwell; l'argent seul suffit pour corrompre tout le parlement.
Les grands, avides et jaloux de régner seuls, et toujours prosternés aux pieds de la fortune qui environne le trône, seconderont les vues du monarque ; les grands une fois gagnés, ce fantôme de liberté qui paraît par intervalles dans les accès convulsifs des Communes, qui se remue, s'agite et se cache, s'anéantira à jamais au moindre signal du prince.
Je ne connais aucune monarchie constante et parfaite. Le plus sage roi écrase ses sujets pour arriver au despotisme.
Adieu, vivez librement et ignoré. La solitude vous
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procurera le vrai et unique plaisir d'être toujours content de soi; les sots et les méchants n'exciteront que votre compassion, vus de loin ; mais vus de près, il faudrait les haïr ou les mépriser. Je vous écris en courant: nous traiterons mieux cette matière dans la libre et innocente conversation de l'amitié.