MONTESQUIEU A BULKELEY
Minute. Arch. de La Brède.
Ce 20 octobre 174S.
Depuis la réception de votre lettre, Monsieur, j'ai toujours été errant, pour tâcher de porter quelque remède à la désolation de toutes mes petites terres. Eh bien! ne me respectez donc plus, car j'ai vendu, Dieu merci, toutes mes charges', mais augmentez votre amitié, puisque je ne tiens qu'à vous.
Vous me faites bien plaisir de me dire que vous avez parlé de moi avec M"^' de Mirepoix; cette seule conversation vaut la renommée. Je ne voudrais chanter que pour vous et pour les Muses. Je suis bien flatté du souvenir du Prince-, et du grand Prince qui m'honore de ses bontés; faites-lui, je vous supplie, ma cour et vous qui savez si bien dire, parlez pour moi.
Je vous dirai que je n'ai pas osé prendre la liberté de présenter mes Romains à Mademoiselle ^ ; j'ai fait là-dessus violence à mon ambition. Dites-lui, je vous prie, que dans cette occasion il ne m'a manqué qu'un présent digne d'elle, mais, quand elle l'aurait reçu avec bonté, cela ne m'aurait pas consolé du malheur que j'ai de ne pouvoir lui faire ma cour.
Cette paix qui descend du ciel descend bien lentement; j'ai toujours peur qu'il ne lui prenne fantaisie de s'en retourner dans un pays qui vaut bien mieux que le nôtre. Je trouve les préliminaires remplis de