LE CHEVALIER D'AYDIE' A MONTESQUIEU
Autographe. Arch. de La Brède.
A Paris, ce 6 janvier 1 749.
Je lis ïEsprit des lois, mon cher Président, avec tant de satisfaction qu'à chaque page j'ai envie de vous embrasser et de vous remercier. Il n'y en a
1. Sur le chevalier d'Aydie, les renseignements les plus précis se trouvent dans une note des Mémoires du Président HénauU, éd. F Kousseau, p. 112. Voyez aussi l'introduction d'E. Asse aux Lettres de M'I' Aïssé, et Sainte-Beuve, Portraits littéraires, t. III.
qO CORRESPONDANCE
encore ici qu'un petit nombre d'exemplaires, que tout le monde s'arrache et, de tous ceux qui Tont lu, je n'ai vu personne qui ne l'admire, excepté néanmoins M. d'Aube qui en parle, dit-on, avec assez de dédain, prétendant avoir traité la même matière et dit à peu près la même chose. Mais comme, heureusement pour vous, personne ne s'est avisé de lire son livre, les louanges qu'on doit à celui qui a découvert aux hommes les moyens de devenir plus justes, plus libres et par conséquent plus heureux vous demeurera [sic] toute entière. J'avoue en mon particulier que, n'ayant jusqu'ici aucune connaissance des vérirés que vous avez si bien développées, je suis transporté de les apprendre, mais j'imagine que ce livre remplira son objet et qu'il contribuera à rendre à l'avenir les rois, les ministres et les peuples plus sages.
Dans cette pensée, je vous souhaite la bonne année et vous proteste, moucher Président, que je vous serai toute ma vie tendrement et inviolablement attaché.
Le chevalier d'Aydie.
A Monsieur, Monsieur le président de Montesquieu, — à Bordeaux.
Autographe. Arch. de La Brède.
A Paris, ce 7 janvier (1749].
Quelque mécontente que je sois, Monsieur, de vos procédés, présent et absent, j'avoue que je ne
I. Cette lettre n'est de l'écriture d'aucune des correspondantes habituelles de Montesquieu. Nous serions enclins à nous demander si elle n'est pas Je M"!' Je Rochefoil ou de M"* Aïssé.
saurais bouder l'auteur de VEsprit des lois. C'est divin, et m'inspire une vénération; je choisis le terme le plus modéré pour épargner votre modestie, et l'honneur de ma rancune.
Ah! divin Président, quand vous reverrons-nous? Pour moi, depuis que je vous lis, je résiste pour ne pas m'acheminer vers Bordeaux, comme la reine de Saba alla à Jérusalem: je vous avertis que je ne crois pas faire tort ni à Salomon ni à sa reine par cette comparaison.
Je parierai bien que vous n'aurez jamais l'esprit de deviner votre complimenteuse.
A Monsieur, Monsieur le président de Montesquieu, à Bordeaux.