LE MARQUIS DE BREILLE A MONTESQUIEU
Autographe, avec post-scriptum autographe de Sérill}'. Arch. de La Brède.
Nice, ce 1 1 février 1749.
Mon très cher Président,
Ao^réez que je vous donne signe de vie et que je remette cette lettre à M. de Sérilly que j'ai connu ici pour la première fois et ai conçu pour lui toute l'estime et amitié que son caractère et talent méritent; ces sentiments ont encore augmenté lorsque j'ai appris qu'il vous estimait et aimait autant que moi, mais sûrement pas davantage. Je vous écris de sa chambre militaire, où je me trouve pour y boire, dans une demi-heure, de très bon cœur à votre santé, car le dîner a été fondé pour cette louable commémoration de votre très chère et très agréable personne.
Il a paru dans le monde, avant mon départ de Turin, un livre avec un titre original. Je n'en ai pu lire que quelques chapitres, qui m'ont paru de vous ou dignes de l'être. Cet ouvrage fait l'admiration des connaisseurs et fera la mienne
DE MONTESQUIEU I tQ
dès que je serai sorti de ces paperasses qui me tiennent ici depuis plus de deux mois. Je me réjouis avec vous sur la paix entre la Guyenne et l'Ang^leterre.
Je vous souhaite tous les bonheurs dus à toutes vos vertus, savoir et qualités aimables dans la société. Je vous embrasse et serai toute ma vie votre ami et très humble serviteur.
SOLAR DE BrEILLE.
Savez-vous, Monsieur, le motif des bontés et de l'amitié de M. le marquis de Breille ? Il a connu mon tendre attachement pour vous, et de là a pris pour moi les impressions les plus favorables. Je connais tout le prix de l'avantage que vous me procurez en cette occasion.
J'aurai bientôt la satisfaction de vous embrasser. Je quitterai Nice avec l'unique regret de me séparer d'un homme aimable et respectable. Je vous porterai confirmation de ses sentiments pour vous et assurance sincère du tendre et fidèle attachement que je vous ai voué, Monsieur, pour la vie.
Sérilly'.