BARBOT A MONTESQUIEU
Autographe. Arch. de La Brède.
A Bordeaux, ce g avril 1726.
Non, mon cher Président, et je l'espère, vous ne vendrez point cette charge de président. Vous la
devez à vos ancêtres, à votre postérité, à vousmême, à la province enfin qui jouit depuis longtemps de présidents de votre maison. A quoi voulez -vous la préférer? trouvez-vous un établissement de faveur qui remplace ce que vous perdez? peut-on abdiquer si on ne fait du moins une glorieuse retraite ? vous convient-il, à votre âge, de vous faire personne privée ou postillon de la fortune pour courir après tous les établissements qui vous luiront? Voilà les premières réflexions que j'ai faites et que je vous répète parce que vous les avez assurément faites. J'ai songé ensuite au chagrin mortel que M. l'abbé de Faize', qui se porte bien d'esprit et de corps, et M""= de Montesquieu, M. votre frère, auront de cette démarche. Vous savez mieux que moi leur façon de penser; n'est-elle pas contradictoire de ce que vous allez faire? Voulez -vous vous charger de tant de débats à soutenir?
Pour ce qui est des idées du Parlement, sur votre dessein, et de tout ce qui se mêle de juger en province, mettez les choses au pis et vous ne vous tromperez pas. J'oserai vous dire que vos créanciers ne sont rien; il n'y en a pas un qui ne fût prêt à le devenir bien au delà de ce qu'il l'est; quarante mille livres sont un atome à l'égard de votre bien; deux années de séjour à La Brède rassureront et contenteront les plus inquiets, s'il y en avait, beaucoup mieux qu'une vente jointe à votre séjour de Paris.
Le métier du Palais n'est point aimable, je l'avoue; mais il vient beaucoup en routine; à peine vous