‹ Correspondance de MontesquieuChapitre 141 sur 433 · En tête la date de 1726, de l'écriture ancienne · texte numérisé non relu

En tête la date de 1726, de l'écriture ancienne

3. A rapprocher cette lettre de la lettre 119, il semble bien que la destinataire soit la personne dont parle M™* de Grave.

mille résolutions qui se sont toutes détruites les unes les autres; j'ai mille fois résolu de ne vous voir jamais, et c'est bien l'état où se trouve mon cœur à présent; mais je ne sais pourquoi je ne puis m'empêcher de vous écrire pour dire des choses si désagréables pour vous et si amères pour moi. J'appris hier au soir toute votre vie passée, c'està-dire que je reçus mille coups de poignard. J'en rougis pour vous, mais j'en rougis bien plus pour moi qui ne pus m'empêcher de vous aimer, tout indigne que vous en êtes. Hélas, je me croyais le plus heureux de tous les hommes de vous posséder; je vous trouvais de l'esprit, des agréments, un cœur aussi sensible que le mien ; et de tout ceci, il ne me reste plus qu'une ombre, qu'une nuée, et le cruel désespoir de chercher sans cesse celle que j'ai aimée sans pouvoir la trouver. Aussi, quand vous avez vu que je m'attachais à vous d'une manière si étrange, que ne me prépariez-vous peu à peu à mon malheur, et que ne m'ôtiez-vous, par des pressentiments, la cruauté d'une surprise qui vous a pensé faire perdre pour jamais celui que votre silence voulait se conserver? Pourquoi m'aimiez-vous donc ? Était-ce pour me déshonorer? Mais que dis-je? Je me trompe toujours; votre vie passée doit me faire comprendre que vous ne m'avez jamais aimé, et si cela est'. . .

. . . aime à la fureur, et je ne l'ai pu compter; chère brunette, que j'aurais plus de besoin d'une pareille exhortation que vous ! Je suis dans un désordre inexplicable ; je pars pour la campagne.

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