Sans doute le Journal de Trévoux. Cf. la lettre
3. Dissertation où l'on examine le Système de M. l'abbé Dubos touchant la préférence que l'on doit donner au, ooîlt sur la discussion pour juger des ouvrages d'esprit, dans la Conlinuation des mémoires de littérature et d'histoire, du P. Desraolets, t. III, i" partie, 1727, p. 3 et auiv.
chose telle qu'elle est, telle qu'on l'a crue et qu'on la croira toujours, votre induction n'en est pas moins forte.
Vous me demandez de vous expliquer mon sentiment. Voici ma première idée : je prendrais un système moyen, et je crois que l'on juge par sentiment et par discussion. Deux critiques ont une mesure égale d'esprit, celui qui a le plus de sentiment et de goût est le plus lin. Dans un même ouvrage, il y a des choses qui sont du ressort de l'un, il y en a qui sont du ressort de l'autre. Ce n'est pas par la discussion que vous jugez de bien des beautés de Théocrite, de Virgile, d'Ovide. M. Tabbé Dubos a tort — et vous l'avez bien remarqué — de distinguer les manières de juger par de certaines classes d'hommes ou professions. Un savant, un poète, un orateur, un homme du monde ne sont de bons ni de mauvais critiques, comme un roi n'est ni heureux ni malheureux et une femme de qualité n'est ni belle ni laide.
L'expérience est contre l'abbé Dubos. Le sort des ouvrages d'esprit n'est guère fixé que par les gens du métier, qui ont de la discussion et, outre cela, du sentiment. Ces gens-là touchent, pour ainsi dire, la corde des organes des gens du monde et les avertissent; on voit cela bien clair dans les chansons de la Comédie.
Les gens du monde jugent ordinairement mal; c'est qu'ils ne prennent aucun intérêt aux choses dont ils jugent, n'allant point au théâtre pour écouter et ne lisant point pour s'instruire. On peut les partager en deux classes de gens qui n'osent hasarder leurs suffrages ou qui le hasardent témé-
lyS CORRESPONDANCE
rairement. Je barbouille du papier et j'écris sur une chose qui demande beaucoup de réflexions.
Je vous envoie mon Sylla ; je vous prie de voir s'il est bien dialogué. Adieu, je vous embrasse de tout mon cœur.