M™» D'HEREIGNY A MONTESQUIEU
Autographe. Arch. de La Brède.
A Paris, ce 25 décembre [1726].
J'ai reçu, mon cher cousin, la boîte de thé que vous m'avez envoyée, dont je vous remercie de tout mon cœur; je le trouve très bon, ce qui est bien rare à trouver présentement.
Je vous attends donc au commencement du mois prochain, vous ferez bien d'apporter de l'argent, car il est très peu commun ici; l'on chante misère, Ton n'est point payé et l'on ne trouve pas un sou; le retranchement des rentes viagères fait beaucoup crier, avec raison, car quantité de pauvres gens et ouvriers y ont mis tous leurs biens. L'on eût bien fait d'ôter toutes les rentes agiotées et qui n'ont rien coûté : le Roi y aurait bien plus gagné et l'on aurait fait justice; cet examen n'eût pas été impossible si l'on l'avait bien voulu. Il me paraît que l'on ne doute plus de la guerre ; il ne nous manque que cela pour nous achever de perdre.
Je me porte assez bien, à des petits rhumes près; ma sœur' est guérie, mais je suis très inquiète depuis deux jours de mon pauvre valet de chambre Saint- Germain, qui est très mal d'une fluxion de poitrine; c'est une vraie perte qu'un bon domestique.
Adieu, mon cher cousin, je vous assure de l'attachement sincère que j'ai pour vous, avec lequel je suis votre, etc.
D'Estrades d'Herbigny.
I. Louise-Thérèse- Angélique d'Estrades, morte en 1729. T. I. 24
l86 CORRESPONDANCE