MONTESQUIEU A SARRAU DE BOYNET
Autographe. Bibl. de Bordeaux, Lamontaigne, t. XXX.
A Paris, ce 20 mars 1727.
Monsieur mon cher confrère,
J'ai vu l'homme de M. le duc de La Force- qui me paraît avoir changé beaucoup de ton et n'être plus
1. Jacques Hardion (1686- 1766), membre de l'Académie des Inscriptions, puis de l'Académie française.
2. Armand-Nompar, frère et héritier du protecteur de l'académie de Bordeaux.
si traitable depuis qu'il lui a parlé. Cependant je crois, sauf le meilleur avis de l'Académie, que le meilleur moyen pour mettre à la raison le dit duc est de faire quelque diligence, par exemple une opposition aux scellés. Si l'Académie veut m'envoyer une procuration, passée par-devant notaire, pour poursuivre cette affaire, j'espère faire peur au dit duc et il serait bon de commencer avant qu'il ne se soit accommodé avec tous les créanciers; de plus vous remarquerez qu'une opposition aux scellés n'est qu'un acte conservatoire.
Si vous me jugez donc en état de vous servir à cet égard, envoyez-moi une procuration spéciale, pour poursuivre l'affaire que l'Académie a contre M. le duc de La Force, avec laquelle cependantje ne ferai rien, aux actes conservatoires près, sans votre ordre et sans que vous ayez pris votre résolution.
Je vous embrasse, mon cher confrère, de tout mon cœur, et vous prie de m'accorder toujours un peu de part dans votre amitié que je regarde comme la chose du monde qui me doit être la plus précieuse.
Mes compliments très humbles, je vous prie, à M. de Caupos et à M. votre frère.
Je crois qu'il ne faut pas s'étonner des difficultés du duc de La Force, parce qu'il en agit de même avec tous les créanciers et ne va qu'à mesure qu'on le cogne. Je verrai, aujourd'hui, la duchesse veuve, afin de tâcher de découvrir ce que c'est que cette substitution.
A Monsieur, Monsieur de Sarrau l'aîné, rue de Gourguesj — à Bordeaux.