‹ Correspondance de MontesquieuChapitre 204 sur 433 · I. Morville · texte numérisé non relu

I. Morville

à mon aise M. le protecteur. Il m'a dit qu'il était fortement d'avis que l'Académie donnât un volume, l'ai eu le plaisir que tout est venu de lui et rien de moi, de manière que cette idée est entièrement sienne. Je lui ai dit ce que j'ai cru le plus convenable dans la conjoncture présente : qu'un conseil pareil de sa part était un ordre, que nous avions des matériaux en quantité et bons, et que j'étais persuadé que vous seriez portés à les mettre en œuvre. Il est d'avis qu'il ne faut y mettre rien que de bon, et qu'il vaut mieux que le volume soit moins gros ; enfin il m'a paru prendre beaucoup de part à l'Académie et je n'ai pas manqué de lui en dire des merveilles.

Cela m'a fait penser que nous ferions bien de nous mettre au grand jour, et, dans ce cas, comme cette démarche est délicate et de grande importance, (et) qu'il faut la faire le mieux qu'il sera possible et que chacun se prête au bien de la chose, (et) voici ce que je pense : il faudrait que deux ou trois académiciens fussent nommés pour cet ouvrage, que les gens choisis renonçassent à tout amour-propre dans ce travail et que ceux qui ne sont pas choisis renonçassent aussi entièrement au leur et donnassent un droit de sabrer, retrancher, ôter les pièces de qui que ce fût, qui ne seraient pas assez bonnes ou peu convenables. Et au reste, je vous dis nuement et ingénument que si vous avez besoin de mon service, j'offre d'y entrer en part, c'est-à-dire que mon idée est, qu'étant sur les lieux, je puisse consulter les savants sur chaque pièce, afin de vous procurer les secours et les lumières de la capitale; par exemple, sur les dissertations de médecine de consulter ici

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d'habiles gens dans cet art et de prendre leur avis, et d'en envoyer les résultats, et sic de ceteris ; comme aussi de montrer au protecteur les progrès de cet ouvrage, de l'en entretenir et de le faire naître devant lui. Au reste, je n'offre de prendre de cet ouvrage que la part qui peut flatter le moins la vanité, le nom d'auteur étant devenu pour moi très insipide. Si Barbot voulait travailler, je le crois infiniment propre à être un des commissaires; mais en vérité il faudrait qu'il travaillât, afin que l'ouvrage pût aller un peu vite. M, le protecteur est d'avis de mettre une grande variété dans l'ouvrage, conformément aux différentes vues de notre institution.

Voyez ceci, mon cher confrère, et consultez l'Académie, et ne faites attention à ce que je vous ai mandé qu'autant que vous le croirez utile au bien de la chose ; car quant à moi, je m'en rapporte entièrement [à vous], ce qui fait que je dis toujours tout ce que je pense. Je ne serais pas fâché que nous donnassions un bon ouvrage, afin que M. de Morville vît que nous ne sommes pas des cuistres et que Messieurs des académies d'ici ne nous regardassent plus comme des avortons. Car ces messieurs ont une opinion bien grande de leurs lumières et bien petite des nôtres.

Je ne vous ai pas parlé du principal sujet de ma visite à M. de Morville, qui est notre nouveau confrère, le président d'Augeard'. Il m'a montré des paquets qu'il n'avait pas encore ouverts, où étaient vos lettres et j'ai dit ce que j'ai su de notre nouveau confrère, c'est-à-dire que j'ai dit beaucoup. Je vous

I. Le président Henri d'Augeard, élu le 28 avril 1727 (iJe»". mss de V Académie,!, 108;, mort en I7?9.

prie de vouloir bien l'embrasser de ma part et de lui dire que la nouvelle m'en a fait une joie extrême et qu'il y a longtemps que je soupirais après lui. Puisque vous êtes en train, ne pourriez-vous pas engager encore MM. La Tresne et Lalanne, même moins que cela ? Je suis persuadé qu'il faudrait élargir la porte à l'égard des ordinaires. Voyez ce que font les académies de Paris : elles se remplissent, de quelque façon que ce soit.

Adieu, mon cher confrère; je n'ai point cru devoir parler encore à M. de Morville de demande de fonds; il vaut mieux que cela commence par votre lettre et il me parlera, sinon je lui parlerai. J'ai ouï parler de M. Séris' comme d'un très bon médecin et propre à être associé.

Si vous jugez à propos d'entreprendre l'ouvrage, il faudra, je crois, en écrire à M. de Morville que sur ce que je vous ai mandé qu'il souhaitait que l'on mît au jour quelque chose, l'Académie... (sic).

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