I . Voyez la lettre précédente
de VOS fatigues. J'avais déjà entendu parler de votre catastrophe en chemin, et de la longue course que vous aviez été obligé de faire à cheval. J'ai plaint vos fesses par un sentiment de reconnaissance qui sera toujours imprimé dans mon cœur. Vous nous donnez de l'espérance de voir bientôt un détail de la vie que l'on mène à Vienne et j'ai une grande impatience de le voir. Je ne doute pas que la galanterie de milord Waldegrave' ne répare la perte que les dames ont faite en M. de Liria. Je lui souhaite toutes sortes de satisfactions, en tous sens, et je vous supplie de lui faire mille humbles compliments de ma part, personne ne lui est plus attaché que moi et je serais très affligé d'en être oublié.
Je vous ai bien envié la connaissance de M. le prince Eugène, c'est peut-être le seul homme dans le monde que je suis curieux de voir. Il me semble que la rareté des héros augmente la vénération que l'on doit avoir pour eux. Je suis bien persuadé, comme vous, que milord Waldegrave sera de plus en plus goûté, il gagne beaucoup à être connu. Que ne suis-je en état de vous aller faire une visite? Je vous jure que les moyens seuls m'en empêchent. Mandez- moi, je vous prie, quelque chose de vos grosses allemandes. Je m'imagine que votre lettre à M'^e de Berwick sera d'un style trop châtié pour ma curiosité. Vous aurez su la mort de M. Le Blanc-, que le bas militaire et la multitude ont pleuré
1. Jacques, comte de Waldegrave, neveu du maréclial de Berwick, et par sa mère, petit-fils de Jacques II. Montesquieu l'avait connu à Bordeaux en 1716; il venait de faire avec lui le voyage de Paris à Vienne. Waldegrave fut ambassadeur d'Angleterre à Paris et à Vienne, et mourut en 1741. (Cf. Voyages, I, 11.)