MONTESQUIEU A M'^= DE LAMBERT
P. Bonnefon, Revue d'histoire littéraire., 1910, p. 3o6; sans indication de provenance.
[Gratz, juillet 1728.]
Vous êtes regardée ici, Madame, comme le plus grand auteur du dix- huitième siècle. Votre livre' y a eu un succès étonnant. M. de Berkentin% envoyé de Danemark à Vienne, me dit hier qu'il voulait le traduire en allemand; il n'est embarrassé que de certains noms qui n'ont pas dans la langue allemande une signification si étendue que dans la française, comme bienséance, homme de mérite et autres. Je lui ai conseillé de se servir des mots qu'il trouvera et de mettre une note à la marge. Il doit l'envoyer à une dame de l'Impératrice, à Vienne, pour le faire lire à l'impératrice Amélie. Enfin, Madame, votre morale est bonne et tout le monde l'adopte. Pour M. de Fontenelle, il est si fort connu dans les pays étrangers qu'on ne juge plus de ses ouvrages que par sa réputation. On les applaudit
1. L'Avis d'une mère à son fils et à sa fille, que Montesquieu s'était fait adresser à V'ienne par l'abbé d'OIivet, avec les Éloges de Pierre le Grand et de Newton, par Fontenelle. Cf. la lettre 179.