I. Cf. Voyages, l, i86et22i
Testime et le respect possibles, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Le comte de Bonneval.
Les masques commencent le 5 de ce mois ou dans trois jours. Quand vous arriverez à Rome, M. l'abbé Le Blond sera votre introducteur auprès de S. E. M. le cardinal de Polignac et vous épargnera la peine de décliner votre nom par article; il s'en fera un honneur et un plaisir.
203. — MONTESQUIEU A M"^' ***^ Minute autographe. Arch. de La Brède.
[Octobre 1728.]
lo prego V. S. ill. di farmi sapere a che ora uscirà di casa. lo starô alla porta con miei guanti bianchi alla mano, perche conviene che Lei non avendo qui il signor suo marito abbia almeno un sigisbeo, e io l'assicuro che farô la mia carica colla discrezione convenevole. Goda il felicissimo di tutti i mariti degli infiniti tesori délie sue beltà. Mi basta
Je prie Votre Seigneurie illustrissime de me faire savoir à quelle heure elle sortira. Je me tiendrai à votre porte, mes gants blancs à la main, parce qu'il convient que, n'ayant pas ici M. votre mari, vous ayez au moins un sigisbée; et je vous assure que je remplirai ma charge avec la discrétion qui convient. Que le plus heureux de tous les maris jouisse des trésors
I » Peut-être la comtesse Borromée.
di vederla ridere e d'esser favorite dell' avvantaggio
d'esser burlato da Lei. Noi sigisbei siamo animali
che si nutriscono di poco e, corne i cameleonti,
viviamo d'aria, mentre che il marito, corne un
fiero e superbo leone, ruba, destrugge e dévora.
Sarà dunque il mio destino d'ammirare la félicita
del signor conte, desiderar molto, sperar poco,
tacere sempre. È vero che quando verra il tempo che
il suo marito gli farà qualche infideltà, poterô credere
che la mia carica appresso di Lei sarà un poco
più importante [e] considerabile, perché io ho sentito
dire che una dama offesa era ben presto vindicata.
Intanto io la reverisco con sommo rispetto e gli
baccio umilmente le mani.
Il Présidente.
infinis de votre beauté. Il me suffit de vous voir rire et d'avoir l'avantage d'être raillé par vous. Nous sigisbées sommes des animaux qui se nourrissent de peu et, comme les caméléons, nous vivons d'air pur, pendant que le mari, tel un fier et superbe lion, emporte, détruit et dévore. Ce sera donc mon destin d'admirer le bonheur de M. le comte, de désirer beaucoup, d'espérer peu, de me taire toujours. Il est vrai que, quand viendra le temps que votre mari vous fera quelque infidélité, je pourrai croire que ma charge près de vous sera un peu plus importante, parce que j'ai entendu dire qu'une dame offensée était bien vite vengée.
En attendant je vous salue avec le plus grand respect et vous baise humblement les mains.
Le Président.
204. — MONTESQUIEU A LA PRINCESSE TRIVULCE. Minute autographe. Arch. de La Brède.
[Seconde semaine d'octobre 1728.]
Je suis, ma chère princesse, dans la situation du monde la plus cruelle : il me semble qu'il m'est impossible de vivre sans vous, et je sens que je vais vous perdre. Hélas! si vous saviez combien cette réflexion est triste pour moi^
Votre départ' va déterminer le mien^ Car que ferais-je ici, privé de la seule personne qui m'y attache ? Tout ce que je verrais ne ferait qu'augmenter mon désespoir.
Je vous jure, ma petite, qu'en quelque lieu que je sois, un mot de votre part me rappellera toujours à vous et que je trouverai un vrai plaisir à sacrifier tout pour suivre aveuglément le penchant invincible qui m'entraîne vers vous, que je serai toujours charmé d'apprendre que vous êtes heureuse, que je serai dans la douleur si je sais que vous ne l'êtes pas, que, si le destin l'avait permis, j'aurais mis toute mon ambition à vous plaire. Il me semble que ma passion est différente de toutes celles que j'ai eues en ma vie : je vous ai vue, et soudain j'ai senti du plaisir à vous aimer. Ma chère petite, je crois que si je te tenais, je mourrais dans tes bras.
a) Biffé : Quoique je ne puisse vous voir qu'au milieu de tous les gens qui vous observent, c'est encore un bonheur infini que de pouvoir vous voir.
1. Le prince et la princesse Trivulce allaient faire un séjour dans leur château. Cf. la lettre 208.
2. Montesquieu quitta Milan le 16 octobre. Cf. Voyages, l, 102.
205. — MONTESQUIEU A LA COMTESSE BORROMÉE. Minute autographe. Arch. de La Brède.
A Milan, ce 14 octobre 1728.
Je ne pardonnerai ni à la vie ni à la mort au marquis d'Ara Cœli' de ne m'avoir pas dit que Votre Excellence devait partir pour la campagne. Elle était à peine hors de la ville que j'arrivais chez elle et dès ce moment je me jugeai seul à Milan; aussi en pars-je demain.
Je ne saurais assez remercier Votre Excellence de ce qu'elle a voulu que je connusse la femme la plus admirable de l'univers; je me souviendrai toute ma vie avec plaisir des jours que j'ai passés avec elle, et je jure que je ne passerai jamais à cinquante lieues de Milan sans me détourner de mon chemin pour aller la voir et l'entendre.
Voici au juste l'état de ses affaires : elle me prêta six volumes; je lui en renvoie deux avec cette lettre, elle a voulu que je reçusse d'elle le d'Aviler-; j'en ai encore deux autres à elle que je lui renverrai de Turin.
Je la supplie de m'honorer de ses commandements.
206. — MONTESQUIEU A LA PRINCESSE TRIVULCE. Minute autographe. Arch. de la Brède.
Novare [19 octobre 1728.] 3
Je ne saurais vous dire, mon cher cœur, avec quel