‹ Correspondance de MontesquieuChapitre 255 sur 433 · Cf. Voyages, I · texte numérisé non relu

Cf. Voyages, I

regret je vous quittai : rien n'approche de l'affreux désespoir où j'étais". Mon esprit se perdait, et quand vous me demandâtes si vous pouviez me rendre service* en quelque chose : « à rien, » vous dis-je. Et qu'auriez-vous pu faire pour moi lorsque vous me priviez de votre présence et du plus cher objet de mon cœur, ma chère petite? Il me semblait qu'en vous perdant je m'anéantissais', et ce misérable moine qui vint chez moi me devint un objet important parce qu'il me parlait de vous''. Imaginez-vous quelle a été ma vie depuis ce temps-là. Je suis parti accablé de chagrin, et j"ai béni le ciel de ce que je ne voyais rien qui pût m'empêcher de penser à vous. J'ai demeuré deux jours dans une auberge auprès du lac Majeur, sans pouvoir ni avancer ni reculer; enfin j'ai vu ces îles si renommées', j'en ai été enchanté. Hélas, si je pouvais passer quelques jours avec vous, si je pouvais y vivre avec ma chère petite princesse ! Je dois écrire une grande lettre au prince lorsque je serai arrivé à Turin. Je suis à présent à Novare, retenu par la pluie, et je ne sais quand je pourrai arriver à Turin. Aime-moi, je t'en prie, mon adorable princesse, et crois que je t'aimerai jusqu'au dernier soupir.

Adieu ; quand pourrai-je te revoir ? Je crois que si je puis jamais t'embrasser, je mourrai dans tés bras. Adieu encore une fois.

a) Biffé : Je vous aime, et jamais je n'ai tant aimée ; je laissais tout ce que j'avais de plus cher dans le monde et je. — b) Biffé : me servir. — c) Biffé : je tombais dans un affreux néant. — d) Biffé : Je vous jure, ma chère petite, qu'il me semblait que j'avais trop décourage de vous laisser.

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