MONTESQUIEU A WALDEGRAVE
Minute autographe. Arch. de La BrèJe.
[Janvier 1729.]
Il y a un siècle, Milord, que je n'ai reçu de vos nouvelles. J'ai trouvé en arrivant ici M. Jacob qui ne m'en a donné aucune, de manière que je crains que vous n'ayez oublié vos deux acolj'tes. J'ai fait un long séjour à Florence qui me paraît une ville admirable. Je n'ai resté que dix jours à Gênes où l'ennui souffle de toutes parts et où l'on est entièrement insociable, non pas par vanité mais par avarice.
Turin est une ville bien jolie : il n'y a pas de grands plaisirs, mais des gens fort aimables. Il y avait là le marquis Mari, noble génois, qui y avait été envoyé à l'occasion de l'affaire d'Oneille', car vous saurez qu'il y a toujours quelque noble génois en chemin pour aller demander pardon à quelque prince des sottises que la République a faites.
J'ai fait ici connaissance avec M. le cardinal de Polignac qui me semble bien digne de sa grande réputation, tant il est plein de savoir, de politesse et d'esprit.
Quand pourrai-je, Milord, avoir le plaisir de vous revoir? Je regarderai ce jour comme un des plus heureux de ma vie.
Je n'ai point de nouvelles du certificat de mort du comte d'Estrades^ Je joins ici une lettre pour M. Harris, avec un mémoire, vous suppliant de