‹ Correspondance de MontesquieuChapitre 277 sur 433 · Virgile, ^n., IV · texte numérisé non relu

Virgile, ^n., IV

en servez pour prouver que le livre de Ouesnel ne vaut rien, et vous ne vous en servez pas pour décider que les prétentions de l'Empereur sur Parme et Plaisance sont mauvaises ! Votre triple couronne ressemble à cette couronne de laurier que mettait César, pour empêcher qu'on ne vît qu'il était chauve.

Mes adorations à M. le cardinal de Polignac. Je fus reçu, il y a trois jours, membre de la Société royale de Londres. On y parla d'une lettre de M. Thomas Derham à son frère', qui demandait le sentiment de la Société sur les découvertes astronomiques de M. Bianchini-. Embrassez, s'il vous plaît, de ma part, l'abbé, le cher abbé Niccolini'.

Je vous salue, cher Père, de tout mon cœur.

228. — FONTENELLE A MONTESQUIEU. Œuvres de Fontenelle (ijSS, 11 vol. in-8°), t. XI, p. 121.

[Novembre lySo.J

Depuis que vous courez le monde, Monsieur, c'est grand hasard si, de tous les compliments que j'ai prié qu'on vous fît pour moi, on vous en a fait un seul, et il serait fort naturel que vous m'eussiez à peu près oublié. Mais il se présente une jolie occasion de

■ I. Voy. Pkilosophical Transaction' s, t. XXXVI (1729-1730), p. 33 et suiv.

2. Francesco Bianchini (1662-1729). Il venait de publier, en 1728, de nombreuses recherches sur la planète Vénus.

3. Antoine, marquis Niccolini (1701-1769), entra dans les ordres, Técut quelque temps à Rome et revint à Florence où il était c l'étoile polaire » du cercle de la marquise Feroni (^Voyages, I, 34 1).

VOUS en faire souvenir ; je dis jolie au pied de la lettre, jolie aux yeux, et qui plaira certainement aux vôtres.

C'est pour vous recommander M^^® Salle', bannie de notre Opéra par ostracisme. N'allez pas lui dire ce mot-là; elle croirait que je l'accuse de quelque chose d'effroyable, et se désespérerait. Mais il est vrai que c'est ostracisme tout pur, La danse charmante et surtout les mœurs très nettes de la petite Aristide ont déplu à ses compagnes, ce qui est dans l'ordre, et même aux maîtres, ce qui serait insensé s'ils n'avaient pas eu des maîtresses parmi ses compagnes.

Elle se réfugie en Angleterre, et vous allez jouir de notre perte; mais je vous avertis que vous n'aurez que sa danse, et en vérité ce sera bien assez.

Il me vient une pensée : on dit que vous êtes fort bien auprès de la reine-, et je l'eusse presque deviné, car il y a longtemps que je sais combien elle a de goût pour les gens d'esprit, et combien elle est accoutumée à ceux de premier ordre, témoin M. Newton; et j'en ai même dit mon sentiment en parlant de lui'. Si la reine voulait faire apprendre à danser aux princesses ses filles, par une personne propre à leur donner l'air convenable à leur naissance, et digne en même temps de cet honneur par sa conduite, elle serait trop heureuse que la fortune

1. M"« Salle était partie pour Londres au milieu de novembre i7?o, emportant, disait Voltaire, une «cargaison de lettres> de recommandation, parmi lesquelles se trouvait celle adressée à Montesquieu : il est fort probable qu'elle n'a pas été remise. Voyez E. Dacier. Une danseuse de l'Opéra sous Louis XV : M"' Salle Paris, loog, in-i6), p. 56 et suiv.

2. Montesquieu avait été présenté, le 3 octobre lySo, à la reine, Charlotte de Brandebourg.

Page 1