‹ Correspondance de MontesquieuChapitre 339 sur 433 · MONTESQUIEU A LADY HERVEY · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU A LADY HERVEY

Minute autographe. Arch. de La Brède.

A Paris [mai-juin 1740].

Je ne puis m'empêcher, Madame, de vous faire un compliment sur M. votre fils' que j'ai eu l'honneur de voir aujourd'hui, ayant couru chez lui sitôt que je Tai su à Paris. Il a une figure charmante, de l'esprit, et m'a paru très aimable. Je suis presque fâché que vous ayez un si grand nombre d'amis à Paris, que je ne lui sois bon en rien. Nous nous sommes entretenus sans fin de vous, et vous ne sauriez croire combien nous vous aimons l'un et l'autre.

Je l'ai félicité sur la régence de Milord Hervey* dont le règne commence avec tant de gloire par la prise de Garthagène', mais nous comptons beaucoup sur la modération de MM. les régents. Vous

1 . Il ne peut s'agir ici que du fils aîné de Lady Hervey, George- William, né en 172 1 ; les autres étaient alors trop jeunes pour que Montesquieu en parle comme il le fait.

2. John Hervey d'Ickworth venait d'être nommé lord du sceau privé, le 1" mai 1740.

3. On sait que l'attaque de l'amiral \'ernon contre Carthagène échoua. Mais les Anglais s'étaient hâiés d'en proclamer prématurément le succès. (Cf. Voltaire, Siècle de Louis XV, chap. VIII.)

nous avez renvoyé M"'* Bulkeley en bonne santé. Ne voulez-vous pas venir faire un tour en France ? Si vous devez être admirée partout où vous êtes, la France est votre véritable patrie. Je vous prie de m'accorder quelque part dans votre souvenir et de faire ma cour à Milord Hervey.

J'ai l'honneur d'être, Madame, avec toute sorte de respect, votre très humble et très obéissant serviteur.

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