‹ Correspondance de MontesquieuChapitre 355 sur 433 · MONTESQUIEU AU PRÉSIDENT BARBOT · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU AU PRÉSIDENT BARBOT

Original. Bibl. de Bordeaux, Lainontaigne, t. XXX.

Paris, le g juillet 1742.

Mon cher Confrère.

L'abbé de Clairac me mande qu'on lui envoie un successeur. Je l'ai connu à Clairac, où je l'ai vu opérer dans son emploi: je n'ai jamais vu un si honnête homme, ni si simple. On lui a fait un crime, je crois, de ce qu'il était trop aimé dans le pays par des gens qui n'aiment pas son maître'.

Cet homme aime la France, il ne respire que l'étude, c'est un homme de condition connu dans toute l'Europe, jeune et capable de tout. Faisons [en] notre bibliothécaire-; qu'en pensez-vous? Cette idée me vient, elle me rit; voyez si cela vous plaira de même. Je lui ai écrit pour le sonder, sans commettre l'Académie. Mandez-moi votre sentiment et ce que vous croyez de l'esprit général. Pour moi, qui estime beaucoup cet homme, surtout du côté de l'érudition, qui l'y ai vu remporter le prix sur le temple de Janus à l'Académie des Inscriptions' sans qu'il eût un seul livre, je crois que cet homme pourra devenir un des plus célèbres de l'Europe. Voilà, mon cher Président, mes idées, que je soumets entièrement aux vôtres.

1 . L'abbaye de Clairac relevait du chapitre de Saint-Jean de Latran, et dépendait donc directement de la cour de Rome.

2. Venuti fut nommé bibliothécaire de l'académie de Bordeaux au début de 1743 (Reg. ntss de l'Académie, II, p. 161 et suiv. ).

3. En 1741. Cf. Hist. de l'Académie des Inscriptions, t. XVI, p. 4.

DE MONTESQUIEU Syi

Je ne serais pas fâché à mon particulier, quand je serai à Bordeaux, de pouvoir mener un tel homme à La Brède deux ou trois jours, et d'y causer avec vous; mais vous êtes encore plus rare et plus difficile à avoir qu'un abbé romain.

Adieu, mon cher Président, je vous salue et embrasse de tout mon cœur.

Montesquieu.

Le système Belle-Islien est au D. Celui-ci est en guerre comme Law en finance. Je ne vois pas comment nous pourrons nous retirer de Prague; je ne vois pas plus comment nous pourrons nous retirer de Nieder-Altach'. Je suis au désespoir en général et je suis désespéré de la maladie dangereuse du pauvre Bulkeley. Oh ! que les esprits faux sont dangereux pour les grands empires. Adieu.

A Monsieur, Monsieur le président Barbot, secrétaire de V académie de Bordeaux , — à Bordeaux.

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