MONTESQUIEU A L'ABBÉ VENUTI
Laboulaye, VII, 233; d'après l'original de la collection Rathery. — Lettres familières (VI), p. 26.
De Paris, le 17 avril 1742.
Je n'ai que le temps de vous écrire un mot, Monsieur. Quelques-uns de vos amis m'ont demandé de parler à M"' de Tencin sur des lettres qu'on écrit contre vous'. Gomme je ne sais rien de tout ceci, et ignore si ce sont les premières lettres ou de nouvelles, je vous prie de m'éclaircir sur ce que je dois dire au cardinal qui va arriver, et de croire que personne ne prend plus la liberté de vous aimer, ni d'être avec plus de respect, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
A M. VAbbé Venuti, abbé de Clairac, — à Clairac.
I . € A peine M. l'abbé Venuti eut-il pris l'administration de l'abbaj-e de Clairac, qu'il s'éleva à Rome un parti contre lui dans le chapitre qui l'avait envoyé, travaillant à le faire rappeler, et se servant, pour cet effet, du canal de M. le cardinal de Tencin, pour le desservir. Le principal grief qu'on avait contre lui était que les remises des revenus de l'abbaye n'étaient pas assez abondantes: faute qu'on mettait sur son compte, et qui provenait des grosses décimes dont l'abbaye était chargée, des frais de réparation et des procès auxquels une partie des revenus devait être employée. Outre ces raisons, il n'était pas regardé de bon oeil par les missionnaires jésuites, chargés dès le temps de Henri IV de prêcher toutes les fêtes et dimanches dans leglise abbatiale de cette ville, qui, malgré cela, a continué d'être presque entièrement habitée par des protestants, sans qu'on puisse citer d'exemple de la conversion d'un seul huguenot. » (Guasco.)
SyO CORRESPONDANCE