MONTESQUIEU A MARTIN FFOLKES
Laboulaye, VII, 267; d'après l'original appartenant à Sir William Ffolkes.
Paris, ce 2 i janvier 1 743.
La magnificence et la qualité de vos présents, Monsieur et très cher ami, surpassent tout ce qu'on aurait dû attendre si justice m'avait été faite. Je crois que vous voulez vous défaire de mes importunités pour tout le reste de ma vie, et c'est un fond d'amortissement que vous m'avez envoyé.
Quoi qu'il en soit de moi, pauvre, chétif et misérable, je m'évertue autant que je puis. Nous buvons souvent à votre santé, M. Cerati et moi. C'est un bon, digne et excellent homme, et je m'estimerais heureux si je pouvais faire avec lui le voyage en Angleterre. Il a quitté la théologie pour la philosophie naturelle '. Un hommiC que la première science n'a point gâté est par la nature de son esprit très propre à l'autre.
Ne ferons-nous jamais la paix et faut-il que les deux plus puissantes nations du monde deviennent tributaires de toutes celles qui ont besoin d'argent, et se rendent plus pauvres qu'elles? L'esprit de philosophie a gagné l'esprit, mais il a laissé le caractère et les mœurs. Je voudrais bien savoir ce que nous fait l'Allemagne, si on la regarde autrement que comme un objet de commerce. Je vous avouerai que j'ai toujours eu une vraie horreur pour cette