MONTESQUIEU A CADET
Original. Arch. de La Brède.
A Paris, ce i" juin 1743.
Après avoir bien réfléchi, Monsieur, et avoir consulté mes amis, il faut changer de batterie: acceptez les deux nouvelles assises des jurats, quoique du même jour que les deux autres que j'ai produites. Si vous les examinez bien, vous verrez clairement qu'elles ont été faites dans un objet différent: celles des jurats sont pour la borne de Rochemorin seule, les miennes pour toutes les limites; celles des jurats sont faites dans l'objet de fixer la maison de Rochemorin, dont les fonds et dépendances étaient dans deux diverses juridictions, les miennes sont plus étendues et sont faites dans l'objet de conserver les vacants et droits de pacage; enfin celles des jurats ont pour objet de défigurer le lieu particulier où l'on tenait la cour et les plaids, en conséquence de quoi on appelle les causes, et les miennes ont un autre objet, qui est d'établir les limites. Ajoutez à cela que ces nouvelles assises ne me sont point préjudiciables et qu'elles parlent le langage de toutes les autres, en sorte qu'au lieu de sept j'en ai neuf. Cela est, Monsieur, absolument nécessaire pour ôter tous les soupçons et toutes les idées fâcheuses qui naîtraient dans l'esprit des juges contre les autres assises, et il y a bien de l'apparence que c'est la vérité. Ayez la bonté de les lire et de tourner
r. Avocat de Montesquieu, auteur de plusieurs des factums relatifs à l'affaire qui fait le sujet de cette lettre. Cf. ci-dessus les lettres 23 1, 234, 235 et 238.
cela avec votre habileté ordinaire. Voici un petit mémoire qu'un homme qui a pris une idée de cette affaire a griffonné, dont vous ferez Tusage que vous voudrez.
J'ai l'honneur d'être, Monsieur, avec une amitié parfaite, votre très humble et très obéissant serviteur.
Montesquieu.