MONTESQUIEU A BERTHELOT DE JOUY
Minute autographe, Arch. de La Brède.
A Paris, ce 1 1 août 1724.
Je regarde, Monsieur, comme une grande marque de bonté la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Si je n'allais pas à Baye, je perdrais peutêtre l'occasion de refaire connaissance avec M"'^ de Pléneuf et je ne veux pas risquer cela.
Je perdrais d'ailleurs le plaisir que j'aurai de vous voir et M. de Pléneuf. Lorsque j'eus l'honneur de vous faire réponse, j'étais si peu instruit de ce qui se passait à Baye que je ne savais pas que M. de Pléneuf 3' fût; ainsi je vous prie de l'assurer de mon parfait attachement.
J'aurai, Monsieur, la honte de finir ma lettre sans pouvoir vous mander aucune nouvelle que vous ne sachiez, quoique j'aie fait un tour du jardin des Tuileries de plus, en votre faveur. On dit seulement que M. le prince de Conti se porte mieux ; madame sa femme dit que son âme est dans un labyrinthe dont elle ne peut sortir. M. de Gesvres' a dit au Roi qu'il serait obligé de le quitter, ne pouvant plus servir un roi qui s'ennuie.
Troisième interrogatoire de M. de Lajonchère'; le souper des Vingt et un avec le Roi ; vous savez tout cela. M'"^ d'Orléans s'habilla trois fois le même
1. François -Joachim- Bernard Potier de Gesvres, premier gentilhomme de la chambre du Roi.