MONTESQUIEU A L'ABBÉ
Minute. Arch. de La Brède.
A Bordeaux, ce 19 mars 1725.
C'est un charme dans le monde que d'avoir des amis, c'en est un plus grand de les avoir tels que
I. A l'assemblée publique du 1"^ mai 1725, Montesquieu «lut plusieurs chapitres d'un ouvrage auquel il travaille sur les devoirs de l'homme» {Registres mss de l'Académie, III, 384). Cf. Laboulaye, VII, 6G et suiv.
VOUS, mon cher abbé. Je ne saurais assez vous remercier de la bonté que vous avez eue de vous intéresser pour moi; on ne tient que trop de gens qui promettent beaucoup et ne tiennent rien, mais vous tenez plus que vous ne promettez.
Votre lettre même m'a fait penser que je ferais bien d'attendre mon retour à Paris pour parler d'affaires ; je compte y être dans six semaines ou deux mois et nous opérerons; cependant je vous prie toujours de prendre langue.
J'ai trouvé mon oncle' dans une santé qui me ravit; je ne l'ai jamais vu en si bon état; pour vous, faitesvous payer encore cinquante ans la pension viagère; il ne faut pas ménager cet homme-là, mais lui montrer toujours un bon visage, se faire faire la barbe le jour qu'on ira le voir, et prendre garde de tousser devant lui.
Adieu, mon cher abbé, comptez que je suis plus à vous qu'à moi-même. Je suis, avec toute sorte d'attachement, votre très humble et très obéissant serviteur.