‹ Correspondance de Nicolas PoussinChapitre 105 sur 320 · Ce qui suit écrit verticalement et en marge · texte numérisé non relu

Ce qui suit écrit verticalement et en marge

3. Ces mots en italique sont de la main de Noyers, le reste est écrit par un secrétaire.

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funeste nouuelle de la mort de nostre cher maistre, le souuenir m'en estant si cuisant\ que ie suis bien aise de ne l'admettre dans mon esprit, que pour m'exciter à prier Dieu pour son repos ^ tous ceux qui l'ont aimé, doiuent auoir incessamment devant les yeux, la grandeur de ses pensées, et ne rien faire qui dégénère à la noblesse des desseins qu'il auoit pour la gloire de Dieu, celle du Roy, et de sa Patrie, aussy sont ce mes plus doux entretiens, et rien ne m'occupe plus suauement que l'espérance de les suiure toute ma vie, bien que de loing. ce n'est pas, que ie ne preuoye, quil y aura des difficultez à l'aduenir, à vaincre, mais comme elles suiuent d'ordinaire les belles choses, ainsi que^ l'ombre fait le corps, tant s'en faut qu'elles m'estonnent, qu'au contraire, elles soustiennent mon courage, et me préparent contre des obstacles, peut estre plus grand, que nous n'en trouuerons en effect; assurez en, je vous prie. Monsieur le Poussin, Monsieur Piettre de Cortonne, L'Algare^*, Monsieur François le Flamand, et toute la troupe des vertueux, sans

1. De Noyers était présent à la mort de Richelieu, le jeudi 4 décembre 1642, un peu après midi, au Palais-Cardinal.

2. On sait la piété de M. de Noyers. Richelieu la jugeait parfois excessive, car, lisant de lui des pensées pieuses, peu à leur place dans les lettres d'affaires, il écrit plaisamment, le 9 septembre 1641, qu'il « se béatifie tous les jours » (Avenel, Corresp., t. VI, p. 866).

3. De Noyers a barré comme, écrit par le secrétaire, et a ajouté au-dessus ainsi que.

4. Alessandro Algardi (1602-1654), sculpteur bolonais. Envoyé à Rome par le duc de Mantoue, il s'y lia notamment avec le Dominiquin (fort admiré de Pi^ussin). Il s'est distingué dans les sculptures des anciens jardins de Salluste, de la villa du Belrespiro (à Camillo Pamfili) et dans la décoration de nombreux édifices.

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lesquels il faut que noz plus généreuses résolutions auortent, comme celles du plus noble esprit, qui informeroit un corps, sans mains, et sans piedz; faites moy scauoir au plus tost ce que cette déclaration aura produit, et ce quil y manquera, pour la rendre féconde, afin que iy satisface de tout mon pouuoir. ne me mandez pas confusément ce que vous aurez reconneu dans les mouuements de tous cez messieurs, mais descendez dans le détail, et m'escriuez bien particulièrement ce qu'il conuiendra faire, pour contenter les uns et les autres, ce qu'il faut faire par deçà, ce que par delà, ce que monsieur Le Poussin désire pour les accommodements de son logis, ce qu'il désigne pour la continuation de l'ouurage de la grand gallerie*, la variété du génie francois voulant quil divise le corps de ce grand ouurage, en quatre parties, et que les ornements de chacune soient entierem' différents des autres, la veûe, à ce qu'ilz disent, se lassant dans une si longue course, d'obiets si non semblables en tout, au moins en la pluspart

Enuoyez moy une ample relation de tout vostre voyage, sans y obmettre aucune circumstance tant soit peu considérable, votre arriuée à Rome, vostre réception, l'oblation de voz présentz, leur agréement, leur prisée, l'estime de leur valeur, parlant à la mode du païs, et aprèz auoir amplement déduict ce qui touche Rome, n'obmettez pas ce qui regardera Lorette. Couchez y voz espérances, touchant les riches trésors de vertu, que vous espérez remporter en triomphe auec vous, ce que vous ferez copier, dans

I. De Noyers a rectifié un lapsus du secrétaire qui avait écrit : la continuation de la grand ouvrage de la gallerie.

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les ouurages de Raphaël, pour seruir au dessein des tapisseries Royalles, et quelles autres excellentes pièces, pour orner et enrichir les palais de noz Roys. et généralement tout ce que vous scaurez qui pourra satisfaire la curiosité des esprits les moins desraisonnables de deçà

Saluez, ie vous prie, en mon nom, monsieur le Poussin, et l'assurez que j'ay pour luy toute l'estime et l'aflFection, quil peut désirer d'un véritable amy.

Noubliez pas le bon monsieur le maire % et tous ceux que vous estimerez le mériter.

Visitez de ma part le Reuerend Père General des Jésuistes', et l'assurez de mon obéissance.

Dites luy, que monsieur le Cardinal mazarin me pria hier de luy escrire, quil estoit de sa charité paternelle, d'auoir pitié du pauvre Père Caupony. N'oubliés pas le Père Assistant et lui dictes que mon \ele envers la Compagnie^ augmente par la diminution de ses protecteurs en france / Mandés moy quand je puis espérer de vous reuoir et vostre compagnie. Je prie Dieu que ce soit bientost car ce sera tousiours trop tard pour la satisfaction de celui qui vous aime/

De Noyers.

1. « Le peintre Lemaire et M. de la Varenne devaient faire partie de cette compagnie de M. de Chantelou dont parle de Noyers » (Chardon, Les Fréart de Chantelou, p. 53).

2. Mutio Vitelleschi, sixième général des Jésuites, élu le i5 novembre i6i5, mort le 9 février 1645.

3. Nous laissons à Tallemant des Réaux la responsabilité de l'affirmation suivante sur de Noyers : « Il avait fait les vœux de jésuite depuis son veuvage, mais il était exempt de porter l'habit et de vivre autrement qu'un séculier » {Historiettes, éd. 1834, t. II, p. i5).

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