‹ Correspondance de Nicolas PoussinChapitre 110 sur 320 · Poussin a Chantelou · texte numérisé non relu

Poussin a Chantelou

(Ms. 12347, fol. 84.)

A Monsieur' de Chantelou^ où quil soit.

[M. Poussin g^ juin 1643.

Il fait responce à la lettre que je luy escriuis de Turin.

Cette lettre est plaine d'amitié et de moralité.] de Rome ce .9. Juin 1643.

Vostre trèschère lettre de Turin m'a osté d'une paine non commune d'autans que depuis vostre départ « de Rome, je n'auois point entendu de nouuelles certaines ni de l'aduansement de vostre voyage ny de Testât de vostre santé. Maintenant je me trouue l'ame moins inquiétée néanmoins qu'elle ne peut pas retourner en sa tranquillité ordinaire jusque à tant que je sois certain de vostre ariuée à Paris, ausurplus ceux de qui vous estiés l'apui et consolation estans par un si long et facheus voyage demeurés comme orfelins seront acompagnés de la tristesse jusques à tant quil vous reuoyent car il se peuuent imaginer les dangiers que vous aués coureus et ne scauent pas que par l'aide de dieu vous aués éuité les plus grands dont vous pouuiés estre menasse. Le bon M"" de La Varane et le cher M^ Le Maire seront ceux là qui plus viuement seront touchés de telles apréhensions. Le danger mesme où ils se peuuent trouuer en personne est assés capable pour les affliger. Je remercie dieu de m'auoir préserué de cette paine puisque mesme je luse prinse en vain. La

1643] DE NICOLAS POUSSIN. igj

mort du Roy' et la retraictte de la Cour de Monseigneur^ ont esté deus choses qui musent fet mourir de déplaisir en me trouuans en mesme temps engagé den un long voyage. Je vous assure (Monsieur) que dans la commodité de ma petite maison^ et den le peu de repos qu'il a pieu à dieu me prolonger je nay peu éuiter un certain regret qui ma percé le cœur jusque au vif en sorte que je me suis trouué ne pouvoir reposer ni jour ni nuit. Mais à la fin quoy quil m'ariue. je me résous de prendre le bien et supporter le mal. C'est une chose si commune aux hommes que les misères et disgrâces que je m'émerueille que les hommes d'esprit s'en fâchent et ne s'en ris plustost que d'en soupirer. Nous n'auons rien en propre nous tenons tout à louage.

Néanmoins que les disgrâces susdittessointariuées en peu de temps et quelle soint capable de mettre le monde sendessus dessous — le cher M"" Remy m'a escrit quil y a apparanse que les choses que nous auons commensées pourrons continuer"*. Si cela est

Page 1