‹ Correspondance de Nicolas PoussinChapitre 112 sur 320 · Le mot chérisse est d'une lecture un peu douteuse · texte numérisé non relu

Le mot chérisse est d'une lecture un peu douteuse

2. Les mots pleine d'affection sont rétablis d'après la copie de l'Institut, car ils manquent au ms. 12347, '^ ^^''^ ^^ 1^ P^gc ayant été déchiré postérieurement à 1755.

quores que^ vous serés ariué à Paris et fini heureusement vostre longue et fâcheuse course,

Je fis response à vostre première ausi tost que je l'eus repceue. Je vous assure par icelle de la déuotion que j'auroi toutte ma vie de vous seruir. mais Je crains que vous n'ayés eu agré la prière que je vous fesois touchans mes intérés sans vous laisser prendre halaine, je vous en demande pardon. La promptitude que jay remarquée en vous quand vos amis vous ont requis de quelque faueur, m'a fet croire que vous n'estiés jamais las de faire plaisir, Je n'entends pas pourtant que pour la prière que je vous ay fettevous vous portiés à se qui vous seroit désagréable, mais si s'estoit chose que auec le temps et l'occasion vous pussiés faire je vous en serei grandement obligé, néanmoins mon mal est de la qualité de la bruslure à qui il faut incontinent apliquer le médicament pour en estre bientost guaranti.

Pourcequi est de la régense de la Royne Mère', et se qui c'est passé depuis la mort du Roy^ nous en auons eu aduis, l'on dit ausi bubliquement que l'on prira Monseigneur de retourner en Court"*. Si sela est ainsi je prie Dieu de tout mon coeur que se soit à

1. Poussin, ayant écrit deux fois le mot que, l'a rayé la seconde fois, en se relisant.

2. La régence fut déclarée au Parlement dans le lit de justice du 18 mai 1643.

3. C'était le triomphe de la cabale des Importants. Anne d'Autriche cédait toujours : « La reine est si bonne! » Le jour où Poussin écrivit, 22 juin 1643, on célébra les funérailles solennelles de Louis XIII à Saint-Denis.

4. M. de Noyers intriguait avec la cabale des Importants contre Mazarin. Selon les Mémoires de la Châtre, Anne d'Autriche « assurait à M. de Vendôme que, deux heures après la mort du roi, elle ferait revenir M. de Noyers n (éd. Michaud, p. 280).

son grand honneur et contentement, au reste je ne doubte point de la crainte que vous aués plustost que de la joye de retourner dans les embaras de la Court. Le repos et la tranquillité de l'esprit que vous pouués posséder se sont des biens qui n'ont point d'esgal.

Finallement vous ne debués pas mettre la perte de ma conuersation au nombre d'un seul point de disgrâce. C'est bien moy qui me doibs plaindre de ne jouyr plus de vostre douce présense. Mais puis quil est ainsi, à mon trèsgrand déplaisir je me consolerei si jay le bonheur de vous seruir. Si donc (Monsieur) vous cognoissés en moy quelque talent qui vous puisse apporter quelque sorte de plaisir, me voisi en atendans vos commandemens, vous assurant bien que je vous seruiray de tout mon cœur, pour cet effet je ne m'engagerei avec personne affin de demeurer le vostre tout entier

Monsieur Vostre trèshumble et trèsaffectionné seruiteur

POUSSIN

Mesieurs vos frères trouueront ici mes trèshumbles baisemains.

Hier au matin je fus à Farnese pour voir en quel estât estoint vos copies. Celle que le Sieur mignard' a entreprise est finie. Le S^ Le Vieux^ en a fini une

1. Pierre Mignard, né à Troyes, 7 novembre 1612, mort à Paris, 3o mai 1695. Ce fameux portraitiste, qui était à Rome depuis i635, s'était signalé par le portrait d'Urbain VIII (voir la Vie de Mignard, par l'abbé de Monville).

2. Ph. de Chennevières {La peinture française, p. 148) a particulièrement étudié cet artiste et distingué f les deux quasihomonymes Reynaud Le Vieux et Claude Le Rieux ou De Rieux, que Quatremère de Qu'icy avait confondus comme à plaisir ». — Ce Le Vieux était un « brave Nimois » (Ibid.).

celle qui est à demi corps descouurant un petit Crist qui est couché sur un oreille. M"" Le Maire a fini son dieu de pitié du Caracio. Mi'Errard aura bientôt fini ses portrais. Le Napolitain na pas beaucoup aduansé la Vierge du Chat Mais il promet de continuer à y trauailler. Nocret^ a esté malade de sorte quil na peu rien finir. Le Vieux a esbauché encore la Vierge du Chat. Le tout va assés raisonnablement bien et chascun s'efforsera de faire le mieux quil lui sera possible. Vous me manderés sil vous plaist ce que vous désirés que l'on face. —

(Félibien, éd. i685, t. IV, p. 290.)

A propos du Ravissement de 5' Paul :

« Avant que de le commencer, il écrivit, le 2 juillet 1643, à M. de Chantelou.

« Qu'il craignoit que sa main tremblante ne luy manquast en un ouvrage qui devoit accompagner celuy de Raphaël 2. Qu'il avoit de la peine à se résoudre à y travailler s'il ne luy promettoit que son Tableau ne serviroit que de couverture à celuy de

1. Jean Nocret, né à Nancy en 1617, revint de Rome en 1643; peintre et valet de chambre du roi, 10 décembre 1649, P^"" '^ faveur d'.\nne d'Autriche. Ce portraitiste devint ensuite peintre de Monsieur et décora le château de Saint-Cloud. Mort à Paris le II novembre 1G72 (voir l'étude de E. Meaume, Jean Nocret, 1886).

2. PpuI de Chantelou avait acquis, à Bologne, la Vision d'É:{échiel de Raphaël : « Le tableau acheté par M. de Chantelou passait alors pour l'original; il se pourrait très bien, suivant M.. Charles Clément, que ce fût une répétition par Raphaël lui-même de la Vision d'ÉjccItiel de la galerie Pitti. Il se trouve aujourd'hui chez Sir Thomas Baring, à Stratton » (Chardon, Les P'réart, p. 81).

Raphaël, ou du moins qu'il ne les feroit jamais paroistre l'un auprès de l'austre, croyant que l'affection qu'il avoit pour lui estoit assez grande pour ne permettre pas qu'il receust un affront ».

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