Poussin a Chantelou
(Ms. 12347, fol. 96.)
A Monsieur de Chantelou, en Sa Maison, Paris.
[M. Poussin 2']^ octobre 1643.
Il a fait le pris de 8 bustes du Vitelleschy pour i35o*. Il a esbauché le S^ Pol, Chapperon a abandonné la copie de S^ Pierre in rnontorio.]
de Rome Ce. 27'"™* octobre 1643.
Monsieur
Néanmoins que depuis quelque jours je me * sois trouué en assés mauuaise disposition de ma santé, par un mal d'oreille et une pesanteur de front qui ne me laisse point. Je nay pas voulu manquer de vous faire scauoir en quel estât sont les choses que vous désirés d'icy. et enquores que par ma dernière je vous en aye assés informé je ne laisserei pas par celle-ci de vous en dire quelque chose. Je nay point enquores donné d'argent pour l'inscription que vous voulés que l'on atache au veut de Loreto. parceque le père recteur a trouué à propos d'en escrire à ceux du lieu pour scauoir si vous n'aués rien ordonné de delà touchant cet afîere et pour scauoir le lieu où l'inscription doit estre atacher. ensemblement ce qui y doibt estre escript. Vendredi prochain nous en aurons la response et selon quelle sera nous nous gouuernerons.
Jay esté en compagnie de M^ Thibaut voire le Sif Hypolite Vittelleschi. Jay traictéauec luy des huit testes de Marbres que vous désirés mais auec une infinité de paroles la conclusion a esté que. il dit que vous luy fîtes offrir par le Catalan, soisante escus de la pièce et que maintenant vous en voulés donner
moins comme si elles estoint moins bonnes que alors? ala fin nous sommes demeurés d'acord en cette manière, que il s'obblige de faire restaurer les deux bust qui sont an bas là où estoit le monceau d'orge à ses dépens et que vous luy donnerés [cent] de tous les huit pièces quatre cens et cinquante escus que c'est tout ce quil peut faire et que à ce conte là où je lay fet condecendre, il y per plus de cinquante escus. Voila Testât où est cette affere là. Sependans que vous nous en donnerés response vous penserés aux frais quil faudroit faire pour les emballer et faire porter. Les occasions se rencontrent rarement, et toutte ses choses là vont bien à la longue, il touche à vous à en délibérer.
Pour le tableau de S* Pierre in Montorio. Je vous ay escrit quil estoit remis en son lieu et que les Moines guardoint la coppie.
Je croyois scauoir quelque chose de nouueau du Sy Chapperon. Mais il a fet une nouuelle scapade. s'en estant allé à Malte sans rien dire à personne, de sorte que je ne scaurois traicter avec personne de finir la ditte coppie sans que premièremt l'on se soit acordé avec luy en quelque manière et ne sachant pas -ses prétensions au retour qui pouuoit faire il auroit prétexte de me plaider comme desià il m'en auoit follement menasse, mais à cela nous aurons du temps pour y penser car mesme pour cet hiuer quand j'aurois trouué qui le vouleust finir il est impossible di pouuoir trauailler au lieu là où est le tableau maintenant pour l'obscurité.
Je nay pas encore parlé à Ml le Maire ni au Vieux pour voire sil voudroint finir les deux coppies des vierges quil auoint commencées à coppier à farnèse
c'est assauoir la coppie double de celle du Chat et l'autre que le S^ Mignard a fette. Je verrei sil y a moyen de les contenter ou de les conuertir puisque ainsy vous le désirés. Le Menteur de Napolitain nous fera perdre quelque bonne occasio de vous enuoyer vos afferes, il n'a pas enquores finy^ son tableau de farnèse.
Vostre petit rauissement de S! Paul est mis ensemble. Je le laisse sécher pour le retoucher.
Vous pourés voire par ce mémoire cy l'argent qui
vous aduansera icy à Rome, et ne pouuant pour cette
fois résister à vous la faire plus longe je finiray en
vous baisans trèshumblem.' les mains
Monsieur
Votre trèshumble et trèsobéissant
seruiteur.
Poussin.