Poussin a Chantelou
(Ms. 12347, fol- 99-)
A Monsieur de Chantelou.
[M. Poussin 5* nouembre 1 648.
Il tesmoigne sa joye d'auoir apris que Mgr de Noyers estoit retourné en cour promet de m'enuoyer le petit S^ Paul.]
de Rome Ce 5'«°>« Nouembre 1643.
Monsieur et trèscher Maistre.
Jei occasion maintenant de vous dire beaucoup de chose Mais ce que jei en la pensée ne scauroit contenir en un petit espase. La joye qui m'a sesi est si grande quelle desborde de tous costés comme un torrent qui après une longue sécheresse rempli des surabondantes pluies venoues à l'impouruue sort impétueusement de ses riues. L'heureuse nouuelle du Retour en Court de Monseigneur' s'estant espandu
I. Un rapport des agents de Mazarin, du 28 octobre 1643, attribue le retour de M. de Noyers à M~* d'Hautefort (voir Victor Cousin, M"* d'Hautefort, p. 468). — Ce retour n'était que passager. Chéruel {Corresp. de Ma:{arin, t. I, p. 392, 453) cite deux extraits fort intéressants des lettres de Grotius et de La Barde. Voici la traduction du passage essentiel du second : « Il arriva par hasard que la Reine se rendît à Pontoisé pour voir la Mère Jeanne [sœur du chancelier SéguierJ. Dans le même monastère, la fille de De Noyers était religieuse. C'est pourquoi De Noyers, très connu de la Mère Jeanne par sa piété et ses anciennes fonctions, lui remit une lettre pour la Reine : « J'ai « reçu y, écrivait-il, « d'hommes pleins de science et de piété « [les Jésuites?] le conseil formel de ne pas demeurer plus « longtemps dans l'inaction. Comme j'ai parfaitement conf science des services éminents que j'ai antérieurement ren-
en un instant par toutte l'europe m'a esté de tous mes bons amis anoncé à la bonne heure de tous costés de manière quil nia plus de doubte. dieu soit loé mille et mille fois d'un si bon heur qui est ariué et se n'est pas en vain que la fransc se debuera maintenant appeller heureuse, puis que elle recognoist ceux qui seuls peuuent augmenter son nom et sa gloire. J'atens de vostre courtoisie aux premiers jours quelque bonne nouuelles et plus Amples que celles ci qui nous ont esté données comme pour arres. Il me vient une enuie très effrontée de témoigner à Monseigneur la Joye que j'ay de son retour Mais la Raison ne me le permet pas encores et me commande de continuer mon silense jusques à un temps plus opportun. Le reste de cette feuille seruira pour vous faire scauoir que auiourdhui jei esté voir le père Charles pour résoudre du moyen qu'il faut tenir pour l'inscripsion que vous voulés que l'on adiouste au veu de l'ange de Loreto. L'on a trouué nécessaire de rechef d'escrire à Loreto pour auoir la mesure du plinte où pose l'ange, et si tost que nous l'aurons l'on trauaillera à la piastre d'argent laquelle nous ferons faire et atacher auec grâce tant que faire se pourra, et quand le tout sera fet je vous en enuoyerei la forme et figure. Pour ce qui est de vos autres choses, il ni a rien de
« dus à l'État, je commettrais une faute grave si je n'en ren- « dais compte à la Reine. Ce n'est pas l'ambition qui me porte « à agir ainsi : ma vie passée prouve assez que j'en suis bien « éloigné » (La Barde, Dt rebits Gallicis, t. I, p. 6g). — Quoi qu'il en soit, Mazarin résolut d'en finir : De Noyers, qui refusait de vendre à Le Tellier le prix de sa charge de secrétaire d'État, dut s'exécuter. C'était chose presque faite quand Poussin se réjouissait, car Grotius écrit, le 7 novembre 1643 : « Noyers a cédé à Le Tellier son office de secrétaire » {Lettres, P- 97)-
nouueau depuis que je vous en ay escrit. Laissés moy
fere du reste et ne vous mettes nullement en paine
d'aucune chose car cependans que j'aurei la vie et la
santé j'aurei un soin particulier de tout ceque vous
desirerés de moy. Je vous ay fet scauoir ce que jei
aresté auec le Vitelleschi Si vous en estes content,
pour ce qui sera du port maintenant, je crois que
toutte choses vous seront facilles, et que mesme il
vous viendra quelque nouuelle enuie des choses de
se pais icy C'est pourquoy j'atendrei vos ordres, et
vous laissans vaquer dans vos nouueaux embarras je
finirei la présente en vous souhettans toutte sorte de
félicité.
Monsieur
Vostre trèshumble et trèsdéuotieus seruiteur
Poussin.
Je me porte un peu mieux et de mon oreille et de mon front. Le petit S' Paul veut enquore deux jours de caresses ; il seroit fini si se n'estoit un peu de drapperie d'azur qui n'est pas sec.